À Los Angeles, la nomination controversée de Philippe Besson suscite des questions

Philippe Besson /fnac.com

Cela faisait longtemps que la Résidence de France n’avait pas été au centre d’autant de questions. La raison: la nomination annoncée de Philippe Besson au poste de consul général.

Cette “promotion” controversée de l’auteur d’Un personnage de roman, non-diplomate mais proche du couple Macron, a été accueillie comme une provocation par les critiques, notamment au sein de la CFDT, premier syndicat du ministère des affaires étrangères. Celui-ci va déposer un recours devant le Conseil d’Etat pour annuler le décret du 4 août qui ajoute 22 postes de consuls généraux, dont celui de Los Angeles et de Boston, à la liste des emplois dont l’occupant est choisi par le gouvernement.

Cet exemple de la “politique d’élargissement des viviers de nomination” n’est pas du goût de Damien Regnard, nouveau sénateur des Français de l’étranger. Remonté, il a publié sur Twitter une lettre ouverte parlant de “copinage” et réclamant l’annulation de cette nomination qu’il assimile à un “affront pour notre diplomatie”.

Dans la Cité des anges, cette nomination d’un membre de la “société civile”, comme le justifie le gouvernement, a suscité surprise, rumeurs et questionnements. Philippe Besson reste un inconnu ici, même s’il reconnaissait y passer “plusieurs mois par andans une interview il y a deux ans. “Je l’ai vu dans “La grande librairie” sur TV5 Monde”, se souvient Patrick Caraco, vice-président (Les Républicains) du conseil consulaire, un groupe d’élus locaux qui siège auprès du consulat. “Ce n’est pas le premier écrivain nommé à ce type de poste”, affirme-t-il, citant le cas de Jean-Christophe Rufin nommé ambassadeur au Sénégal en 2007. L’écrivain et résistant Romain Gary a occupé le poste de consul à Los Angeles dans les années 50.

“Je ne pense en aucune façon que ça soit un acte de remerciement. Et c’est sans aucun doute une chance pour les Français”, plaide pour sa part Ludovic Français, responsable de la section La République en Marche à Los Angeles. Sans évoquer une quelconque “récompense” ou du “copinage”, d’autres responsables locaux se montrent perplexes face au processus de nomination. “J’ai tendance à penser que tout le monde ne peut pas tout faire, mais c’est sans doute une expérience interessante, admet Isabelle Leroux, la présidente de l’Alliance Française, qui apporte tout de même sa confiance au futur consul de Los Angeles.

La conseillère consulaire Marie Carole De La Cruz appelle, elle, à l’honnêteté : “qui n’utilise pas sa position ou son titre? Si cela est fait à bon escient, c’est une bonne chose”. Elle se positionne même en faveur de la “démocratisation de ces fonctions”, fustigeant un “manque de personnes sur le terrain pour voir les réalités du quotidien”.

Une décision surprenante

Mais ce qui choque le plus sur la Côte ouest, c’est davantage la forme que le fond. “C’est une façon cavalière de procéder. On a tous été pris de court”, lâche Marie Carole De La Cruz. “Plutôt que la forme, on devrait s’insurger sur cette pratique.” Une décision du gouvernement jugée “surprenante mais pas anormale” par son collègue Patrick Caraco, qui rappelle que les missions des consuls durent entre trois et quatre ans. Christophe Lemoine était donc arrivé au terme de son mandat. “Le Consul adjoint -Matthieu Clouvel, qui est renouvelé pour un an supplémentaire- pourra ainsi l’épauler pendant un an”, reconnaît celui qui a connu dix consuls en trente années d’expatriation.

Pour pallier le manque d’expérience diplomatique de l’écrivain, les conseillers consulaires misent sur l’efficacité des équipes en place. “En raison du nouveau décret, il y aura d’autres nominations de ce genre et ce ne sera pas forcément des énarques ou des personnes du Quai d’Orsay… Mais ça ne dérange pas à Los Angeles car il y a une équipe derrière qui fait le job. Le nouveau consul fera comme les autres, il apprendra”, argue Patrick Caraco, rappelant que Christophe Lemoine – ex-conseiller de Laurent Fabius au ministère des affaires étrangères – effectuait à L.A sa première mission en tant que consul. “Beaucoup déchantent sur le côté job de rêve : bien qu’il y ait la maison à Beverly Hills et les palmiers, il y a aussi des catastrophes naturelles, des accidents qui mobilisent le consulat jour et nuit”, assure Patrick Caraco, qui affirme ne pas être “macroniste”.

Une fois la surprise digérée, il va falloir se remettre au travail. Pour la présidente de l’Alliance française, “il est évident qu’avoir un écrivain comme consul général est une bonne nouvelle”. Tout en regrettant Christophe Lemoine qu’elle remercie pour “son professionnalisme et sa disponibilité”, elle espère que Philippe Besson apportera sa touche personnelle, et gardera “un œil attentif sur le fonctionnement de toutes nos associations qui font rayonner le français à l’étranger”. De l’avis général, une attention particulière devrait être apportée à la culture, là où Christophe Lemoine peut se targuer d’avoir fait rayonner la French Tech. “Nous attendons qu’il s’occupe de la communauté française, et que les membres et élus soient informés des décisions prises”, insiste Patrick Caraco.