A New York, l’éveil des « francopôles »

En matière d’enseignement du français, les enfants du nord de l’Upper West Side sont vernis. Depuis quatre ans, ils peuvent fréquenter PS 84 (92nd St entre Central Park West et Columbus) qui propose un programme d’immersion bilingue français-anglais qui affiche complet ou quasi-complet à chaque rentrée. Depuis septembre, ils peuvent aussi choisir entre trois programmes afterschool en français. Et leurs parents ne sont pas en reste puisque eux aussi peuvent se familiariser avec la langue de Molière à travers des cours pour adultes de niveaux « débutant » et « intermédiaire » , proposés dans l’enceinte de l’école. « On nous appelle même d’Europe pour savoir quelles sont les délimitations du district » s’exclame Virgil de Voldère, un parent d’élève qui a piloté l’ouverture du programme bilingue et qui a depuis ouvert un établissement privé, La Petite Ecole. Cette dernière, située à quelques “blocs” de PS 84, propose un afterschool, une preschool et un camp d’été en français.

PS 84 est au coeur de ce que l’on pourrait appeler un «francopôle», un tissu d’options bilingues qui se complètent et s’entretiennent mutuellement au niveau d’un quartier voire de quelques “blocs”. A bien des égards, la situation est la même aux abords de PS 58 à Carroll Gardens (Brooklyn), et même autour du Lycée Français (LFNY) dans l’Upper East Side. A Carroll Gardens, plusieurs structures d’immersion partielle ou totale dans la langue française complètent le programme bilingue qui a vu le jour dans l’école publique en 2007. Citons The Language and Laughter Studio, Hands on World ou encore L’Ecole des Petits, dont les différentes activités s’adressent à la petite-enfance. L’International School de Brooklyn, à deux pas de PS 58 offre aussi un programme bilingue français (outre un espagnol).

Autour du Lycée Français, deux pre-schools, Le Jardin à l’Ouest et Petit Paradis, ont également vu le jour. «On se rend compte que les besoins locaux sont très variables. Certains voudront un programme bilingue, d’autres un after-school… D’où l’importance d’une offre localisée, car les élèves ne veulent pas avoir à faire de longs déplacements», insiste Elisabeth Ayvazian, coordinatrice EFNY (Education Française à New York) pour PS 84.

L’expérience de l’école publique de l’Upper West Side montre cependant que l’offre de français doit être suffisamment diversifiée pour toucher un maximum de personnes. Les trois programmes afterschool, par exemple, ont chacun leur identité propre : celui d’EFNY, qui compte entre 50 et 60 élèves dans sept classes, n’est pas un afterschool « en » français, mais « de » français souligne Mme Ayvazian, c’est-à-dire qu’il s’apparente davantage à un cours – ludique – avec exercices de grammaire et de vocabulaire; le « French After School Club » de Bonjour New York se veut lui un camp d’été avec activités et ateliers en tout genre; enfin, l’afterschool proposé par La Petite Ecole se concentre davantage sur l’éveil artistique. « Trois afterschool, cela fait peut-être beaucoup, mais il y a assez de place pour tous car nous faisons des choses différentes » souligne Ria Aichour, fondatrice de Bonjour New York, qui compte ouvrir deux autres afterschool dans l’Upper West Side.

Et si ces « francopôles », locaux et diversifiés, pouvaient permettre l’enracinement de l’enseignement du français dans certains quartiers? «C’est formidable, renchérit Virgil de Voldère, de La Petite Ecole, à propos de cette concentration d’initiatives. Pour l’instant, cette concentration n’est pas un handicap. Au contraire, elle attire les gens vers nous. Si quelqu’un recherche un cours de français pour son enfant, je peux l’orienter vers EFNY. Si des parents veulent améliorer la fluidité de leur enfant à l’oral, il viendra chez nous. » L’union fait décidemment la force.