A Saint Vincent de Paul, le combat continue

Cela fait six ans. Six longues années que les fidèles de Saint Vincent de Paul se disent que leurs jours dans la petite église de la 23ème rue de Manhattan sont comptés. Et pour cause, cela fait six ans que l’archidiocèse de New York menace de la fermer pour, selon eux, vendre la lucrative parcelle de terre sur laquelle elle se trouve.

Les années passent mais les fidèles ne baissent pas les bras. En février dernier, ils ont engagé une société de lobbying, Geto & de Milly, spécialisée dans les questions de conservation. Fondée en 1980, elle a notamment contribué à la campagne pour faire classer la West Park Presbyterian Church, une église vieille de 127 ans située dans l’Upper West Side. Dans son collimateur pour Saint Vincent: l’administration Bloomberg et des leaders politiques locaux comme la speaker Christine Quinn, élue du Third District de Manhattan, qui comprend Chelsea.

Dans « quelques semaines », les défenseurs de Saint-Vincent déposeront une quatrième requête auprès de la Landmarks Preservation Commission (LPC) pour obtenir une audience en commission plénière visant à décrocher, pour l’église, le statut de « monument historique ». Une mesure qui techniquement n’empêche pas sa fermeture, mais qui, espèrent-ils, enverra un signal à l’archidiocèse. «Nous sentions que nous devions passer à la vitesse supérieure pour nous faire entendre», souligne Olga Statz, secrétaire de Save Saint Vincent de Paul, l’association de fidèles qui mène le combat pour la défense de l’église.

Si les fidèles de Saint Vincent refusent d’abandonner, c’est parce que l’église, fondée en 1841, est un symbole à leurs yeux. Outre sa valeur architecturale, reconnue par plusieurs organismes et experts indépendants, Saint Vincent fut la première église intégrée des Etats-Unis. Son fondateur, le Père Annet Laffont, y ouvrit une école destinée aux enfants afro-américains et, plus tard, l’unique mission noire de New York. Jusqu’à aujourd’hui, croyants noirs et blancs, rassemblés par leur foi et leur francophonie, se côtoient le dimanche dans les travées.

En 2006, l’archidiocèse de New York a identifié Saint Vincent comme l’une des 31 paroisses à fermer dans le cadre d’une réorganisation de grande ampleur. L’archidiocèse, qui n’a pas répondu à notre demande de commentaire, a indiqué par le passé que les fidèles de Saint Vincent pourront se rendre dans deux autres églises proposant des services en français, la Church of the Holy Name of Jesus dans l’Upper West Side et la Church of St. Jean Baptiste dans l’Upper East Side.

En outre, un porte-parole a récemment indiqué au New York Times  que des «millions de dollars» seront nécessaires pour maintenir l’église en l’état – les réparations comprennent notamment le toit endommagé en août dernier par l’ouragan Irène. Un montant que les défenseurs de l’église contestent, affirmant que les fonds nécessaires ont été levés par Save Saint Vincent de Paul et ses partenaires mais que l’archidiocèse refuse d’engager les travaux. «La politique de l’archidiocèse est celle d’une démolition par négligence», tonne Olga Statz.

L’église a reçu des appuis de taille, dont celui de Nicolas Sarkozy en 2009, d’hommes politiques locaux et même de LVMH qui a organisé en décembre 2009 une soirée de soutien. L’an dernier, l’association d’aide aux immigrés francophones, Carrefour Pastoral de la Francophonie, a élu domicile au sous-sol pour montrer que la congrégation est active. “Le nombre de fidèles a augmenté, assure Melle Statz, se basant sur l’absence de places assises à la messe du dimanche. Beaucoup ne savent pas que l’église va fermer.

«Le Vatican est revenu sur sa décision de fermer certaines églises dans l’Ohio et à Cleveland, note Michele de Milly, la Française à l’origine de la firme de lobbying Geto & de Milly. On parle beaucoup de la Statue de la Liberté comme symbole des liens franco-américains. Saint Vincent de Paul les incarne aussi».