Ambassadeur d’ouverture

C’était dit-il “le rêve de (s)a vie: devenir ambassadeur à New York”. Ce qui ne faisait sans doute pas partie du rêve, c’était d’être nommé par un président de droite à ce poste prestigieux. Car s’il insiste sur sa qualité de fonctionnaire, donc “serviteur de l’Etat”, Jean-Maurice Ripert est bien un “diplomate de gauche”, ancien conseiller diplomatique de Lionel Jospin, et membre de plusieurs cabinets de ministres socialistes. Le voilà donc ambassadeur de l’ouverture sarkozyenne. Avec Jean-Christophe Rufin, l’ex French doctor et écrivain nommé à Dakar, il est un des nouveaux ambassadeurs arrivés dans les bagages de Bernard Kouchner, dont il est un proche. Il a, avec lui, beaucoup défendu le “droit d’ingérence”. Ensemble ils ont notamment participé à la rédaction de la première résolution des Nations Unies qui introduisait le concept, en 1991, à propos du Kurdistan irakien.

S’il a été ambassadeur en Grèce, Jean-Maurice Ripert est d’abord un expert du “multilatéral”. Il fut patron de la direction Nations Unies au ministère français des Affaires étrangères et il arrive à New York en provenance de Genève où il était déjà ambassadeur auprès des organisations des Nations Unies basées là-bas. En arrivant dans le bâtiment de Turtle Bay, le diplomate marche aussi sur les traces paternelles. Jean Ripert, son père, décédé en 2000, fut Secrétaire général adjoint des Nations Unies puis Directeur général du développement et de la coopération économique.

Amitiés perdues

Des rumeurs, et des articles de presse, ont assuré que Bernard Kouchner voulait faire de Ripert son directeur de cabinet, choix refusé par l’Elysée. “Médisances” a assuré Jean-Maurice Ripert rencontrant les correspondants de la presse française à New York, quelques jours après son arrivée. “Croyez-moi, le poste de directeur de cabinet, enfermé dans un cagibi 16 heures par jour; ça ne me fait pas rêver”.

En occupant le siège français au Conseil de sécurité, Jean-Maurice Ripert aura sans doute plus de visibilité qu’au cabinet de son ministre et ami. Sa nomination par Nicolas Sarkozy n’est en tout cas pas passée inaperçue à gauche. Ripert n’est pas seulement un diplomate classé à gauche. Il est un membre de la “bande d’amis” de François Hollande, bande issue de la promotion Voltaire de l’ENA, en 1980. Un autre membre de ce groupe d’amis, Jean-Pierre Jouyet, est lui aussi devenu un symbole de l’ouverture voulue par Nicolas Sarkozy, qui l’a nommé Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes.
François Hollande a depuis publiquement désavoué Jouyet, affirmant qu’il avait “perdu un ami de 30 ans”. Il ne s’est pas prononcé publiquement sur Jean-Maurice Ripert. Mais lorsqu’on lui demande: “avez-vous perdu des amis à cause de votre nomination?”, le nouvel ambassadeur à l’ONU se contente de répondre, sibyllin: “je les avais perdus avant”.