Angoisses au carré

Chère Viviane,

Je vous écris parce que j’ai peur. J’ai peur pour moi et j’ai peur pour elle. J’ai passé la période difficile des premières semaines ici et cela va mieux. Mais voila qu’une nouvelle adaptation s’annonce ; je dois envoyer ma petite fille Marion, âgée de 3ans à l’école. Je n’en ai vraiment pas envie. Avez- vous des suggestions ?
Camille (Pelham)

Chère Camille,

« Dans le sac des enfants, le trac des parents ». En lisant votre lettre, je sens deux angoisses : celle de la maman qui a peur de se retrouver seule dans son lieu, sans son rôle de guide et perdant semble-t-il sa compagne préférée, sa source de soutien. D’un autre coté, je sens une maman qui tout naturellement s’angoisse pour sa petite fille qui pour la première fois va quitter son soutien quotidien, qui sera partie une bonne partie de la journée et perdant semble t-il aussi sa compagne préférée.

Sachez, qu’à 3 ans garçonnets et fillettes sont en général en mesure de fréquenter régulièrement d’autres enfants et adultes en dehors de leur foyer. Il est donc tout à fait naturel de les inscrire à la pré maternelle. Les programmes offrent aux petits des activités structurées, animées par des enseignants possédant une formation spécialisée en développement de la petite enfance. Dans le Westchester, vous avez le choix de mettre Marion en ambiance américaine, bilingue ou française selon vos préférences de parents.

L’objectif principal de l’école à cet age est d’aider l’enfant à acquérir plus d’indépendance par rapport à son contexte familial, de lui inculquer l’art de la patience et de la négociation. Elle apprendra à exprimer ses émotions et besoins en faisant confiance à des adultes qui ne font pas partis de sa famille et qu’il faut d’une certaine façon «conquérir». Les compétences sociales constituent donc le cœur de l’apprentissage à ce stade et ouvrent ainsi l’enfant au champ d’exploration qui lui est inconnu. Ainsi elle apprendra à s’adapter en se conformant aux règles d’un groupe en découvrant les outils d’une communication sociale.

Votre Marion aura la latitude pour s’essayer à différentes activités, à explorer, à découvrir et à apprendre par elle-même. En allant à la petite école, votre fille se développera en prenant confiance en elle-même et apprendra l’auto discipline indispensable pour la suite de sa scolarité. Si votre choix n’est pas encore fait, n’hésitez pas à visiter plusieurs établissements sans oublier le système «Montessori» qui ouvre tant les esprits curieux. Vérifiez l’accueil des enfants, la «politique» des règles de séparation parents- enfants. Demandez comment sont gérés les accidents de propreté, et comment les enfants sont traités quand ils ont l’air tristes ou timides ou encore sont bouleversés par un autre enfant. Ecoutez bien vos instincts, et votre connaissance profonde de votre enfant. Reconnaissez aussi les priorités de votre famille. Si par contre, le choix est fait, n’hésitez pas à y retourner plusieurs fois avant la rentrée pour comprendre les procédures, l’approche psychologique et le déroulement d’une journée. Passez du temps ensemble sur les aires de jeu, dans sa future classe en rencontrant si possible sa maîtresse. Vous ne regretterez pas le temps investi.

Et moi alors, commencez vous à vous demander : Vais- je ne pas pleurer comme une fontaine tous les matins en lui disant «  à toute à l’heure » ? Vais-je pouvoir patienter toute la journée sans elle ? Vais- je pouvoir m’occuper seule ? En effet, ceci est une grande étape de développement émotionnel et psychologique pour une maman dévouée. L’heure arrive à grands pas, il faudra surmonter vos appréhensions et même jalousie car c’est sans doute la première fois ou vous n’aurez plus le contrôle absolu de votre Marion. Il faudra du temps. Acceptez votre chagrin comme une période certes douloureuse mais nécessaire pour l’apprentissage de Marion. C’est aussi un processus naturel de la vie de maman. Je sais on aimerai tant pouvoir les garder pour toujours, petits, demandeurs, dépendants mais cela ne serait pas juste pour eux n’est ce pas !

Pendant cette période de transition, n’hésitez pas à partager votre tristesse avec votre époux et autre source de soutien. Pas facile de lâcher prise et de l’aider à ouvrir la porte de la vie mais il le faut tout en continuant bien entendu à la guider en la protégeant. Je me souviens d’une maman toute émue me racontant comment son fils aîné, en regardant sa mère rester à la maison avec son petit frère, lui avait dit : «mais moi maman est ce que je pourrais rester habiter avec toi pour toujours et ne plus grandir» ? Sachez que lorsque Marion quittera joyeusement vos bras en courant vers sa classe cela voudra dire que vous avez bien réussi votre travail de maman nourricière, qu’elle se sent en sécurité et prête.

A présent, votre vie vous appartient d’avantage. Faites des rencontres avec d’autres mamans, allez spontanément déjeuner avec votre conjoint à Manhattan, découvrez cette ville unique en vous donnant le droit d’être disponible. Commencez un projet, prenez un cours, peut-être même pour la première depuis la naissance de votre fille, pouvez vous vous tourner plus vers vos besoins personnels. Profitez de votre temps pour refaire connaissance avec vous-même, de vos hésitations, de vos envies, et de vos ambitions. Il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour se lancer vers la découverte de soi.

Tout comme nous sommes fières des premiers pas de nos enfants, soyez fière de vos premiers pas de maman, non pas libre mais tout de même un peu libérée. Camille, vous êtes et vous resterez toujours le premier modèle féminin de votre Marion. Je vous souhaite à toutes deux un merveilleux parcours !

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