Anne Lacoste, gardienne de trésors photographiques

Anne Lacoste aurait pu trouver pire. Elle travaille au musée Getty de Los Angeles, une institution qui s’adosse à la fondation d’art la plus riche du monde, dont les avoirs sont évalués à 4,5 milliards de dollars. “Nous avons beaucoup de moyens”, reconnait-elle, “et cela se reflète dans la qualité de nos expositions”.

Ce petit bout de femme énergique est “assistant curator” – c’est-à-dire conservateur “junior” – au sein du département photographie du musée. Un département prestigieux puisque pas moins de 31 000 photos y sont conservées. C’est d’ailleurs là qu’Anne Lacoste nous accueille : une vaste pièce remplie d’étagères à tiroirs où sont stockés – dans une température rigoureusement contrôlée – des chefs d’oeuvre de photographie remontant pour certains aux origines de l’art.

Anne Lacoste est dans son élément. Pourtant, son parcours initial ne semblait pas la destiner à se retrouver dans des salles obscures à près de 10000 km de chez elle. Cette Versaillaise passe un bac éco et entre en école de commerce pour, dit-elle, “devenir trader”. Mais un aperçu dans la profession la fait changer d’avis “je n’aimais pas cet environnement”, avoue-t-elle.

Changement de cap, direction les salles feutrées de la société de vente aux enchères Christie’s. Son Master et mémoire sur la législation de l’art dans l’espace européen en poche, elle devient “international liaison”. En plus de voyager partout en Europe, Anne Lacoste explique que ” tout type d’art passait entre (ses) mains : art déco, art asiatique, argenterie, photographie, jouets, poupées, memorabilia, textile…etc.”

C’est lors de cette expérience, qui a duré cinq ans, qu’elle se découvre une passion pour la photographie. Elle décide d’abandonner le côté purement gestion de l’art en “reprenant les études d’histoire de l’art cette fois.” Elle a à peine 30 ans lorsqu’elle postule en 2004 pour un stage appelé “graduate internship” au musée Getty. Son talent et sa dextérité font le reste.

“Malgré les moyens, travailler au sein du département photo est un défi”, tempère toutefois Anne Lacoste. “Nous disposons d’un espace d’exposition considérable pouvant accueillir jusqu’à 200 photos, et le turnover est important, entre cinq et six expositions par an”. Un rythme soutenu souhaité par la direction du musée qui a décidé en 2006 de quadrupler l’espace alloué aux photos.

“La photographie est notre lien au monde moderne”, déclarait alors l’ancien directeur du musée Michael Brand : l’essentiel de la collection d’art du Getty s’arrête en effet à la fin du 19e siècle mais le département photo est le seul à montrer des oeuvres contemporaines, collection qu’il est d’ailleurs en train d’étoffer. Une volonté qui répond aussi à l’intérêt du public : sur les 1,3 millions de visiteurs annuels, la moitié vient voir les expositions photos.

“En travaillant ici, on bénéficie de la renommée du Getty à travers le monde”, souligne Anne Lacoste, qui a pu rencontrer des photographes aussi prestigieux qu’Irving Penn, dont elle a organisé l’exposition “Petits Métiers” (Small Trades) pendant l’automne 2009. “C’était une chance inouïe de pouvoir parler avec lui de son projet”, raconte-elle avec enthousiasme,d’autant plus que le célèbre photographe américain décédait quelques semaines après le vernissage de l’exposition qui lui était consacrée.

Cela fait maintenant cinq ans qu’Anne Lacoste vit à Los Angeles avec son mari et son petit garçon. Elle avoue ne pas s’y sentir tout à fait à l’aise : “on est dans un pays développé, et pourtant parfois, on a l’impression d’être dans le tiers monde.” Forte de son expérience, elle n’exclut pas refaire ses valises pour les déposer ailleurs. “Le plus difficile, c’est de quitter son pays natal, une fois qu’on a coupé le cordon, le monde s’ouvre à nous.”