Après Notre-Dame, l’espoir des associations de préservation américaines

Des travaux au sein de l'église de Saint-Germain-des-Prés /American Friends for the Preservation of Saint Germain des Prés Church

L’incendie de Notre-Dame de Paris va-t-il déclencher un regain d’intérêt pour la préservation du patrimoine français ? C’est l’espoir de Brian Smith. Cet Américain francophile jusqu’au bout des ongles est l’un des directeurs des American Friends for the Preservation of Saint Germain des Prés Church, une association américaine qui cherche à lever des fonds pour la vieille église fondée en 543 dans ce qui allait devenir le Quartier latin.

Depuis le 15 avril, date où l’incendie s’est déclaré sous le toit de la cathédrale, il a un argument en plus pour convaincre ses donateurs potentiels. “Les gens sont ouverts à l’idée de s’impliquer. Ils se rendent compte que des édifices merveilleux et iconiques peuvent disparaitre du jour au lendemain“.

Il n’est pas le seul à y croire. Au fil des années, de nombreuses associations philanthropiques se sont formées pour dégotter des financements auprès d’Américains francophiles pour protéger le patrimoine français. Largement inaperçu jusqu’à présent, les Friends of Notre-Dame de Paris ne sont qu’un groupe parmi une myriade: le Louvre, le Musée d’Orsay, le chateau de Versailles, la Cité du Vin et bien d’autres comptent aussi sur la générosité américaine.

Les Américains se sont toujours intéressés pour le patrimoine français, souligne Franck Laverdin, président de l’association des Amis américains de Blérancourt. L’association lève des fonds pour mettre en valeur le musée franco-américain qui se trouve dans ce chateau de Picardie. “Le mécénat américain pour la France est un mécénat de reconnaissance pour le rôle qu’a joué l’Hexagone dans la révolution américaine et l’apport culturel français à la société américaine”. Les donateurs ne sont pas tous allés en France, mais cela ne leur empêche pas de mettre la main à la poche. “Même les gens qui ne sont jamais allés en France connaissent le Louvre, Versailles et les grands monuments“.

Depuis l’incendie de Notre-Dame, Franck Laverdin indique avoir reçu “une douzaine de chèques provenant de vieilles familles américaines” pour financer l’effort de reconstruction de Notre-Dame. Dominique Lallement, présidente des American Friends of Chartres, association fondée fin 2005 pour aider à la préservation de la cathédrale, constate aussi un regain d’intérêt. “C’est impressionnant à quel point les gens sont touchés par ce qui est arrivé. J’ai reçu des messages du monde entier. J’ai reçu aussi quelques dons soudains auxquels je ne m’attendais pas. Il y a un grand élan de solidarité et oui, je n’ai pas de doutes sur le fait que ça va continuer“, dit-elle.

Cet épisode “a suscité de l’intérêt pour les efforts de restauration en France”, ajoute Jennifer Herlein, directrice de la French Heritage Society (FHS) à New York, mais il est “difficile de dire ce qu’il va se passer à présent. Notre-Dame donne un exemple visible et émouvant de l’importance de la présentation. Mais il est trop tôt pour savoir ce qui en découlera“. Fondée en 1982, FHS lève des fonds à travers ses onze chapitres aux Etats-Unis pour protéger le patrimoine architectural français au pays de l’Oncle Sam comme en France. Suite à l’incendie, elle a mis en place un fonds spécial pour venir en aide à Notre-Dame. Vendredi dernier, elle avait récolté 275.000 dollars de 2.300 donateurs. D’autres contributions importantes devraient être annoncée prochainement.

Aux Etats-Unis, l’élan de générosité ne se dément pas. Individus, universités et entreprises ont annoncé des donations pour la reconstruction de Notre-Dame: les milliardaires Henry et Marie-Josée Kravis ont promis 10 millions de dollars, Disney (5 millions) et Apple aussi pour ne citer qu’eux. Une cinquantaine de pages consacrées au sauvetage de la cathédrale ont été mises en ligne sur la plateforme Indiegogo par des particuliers et des organisations alors que les flammes consumaient encore le toit.

Pour Brian Smith, des Amis américains de l’église de Saint Germain-des-Prés, il est également trop tôt pour dire si l’effet Notre-Dame bénéficiera à d’autres bijoux du patrimoine. “Nous constatons un regain de contacts sur notre site internet et notre page Facebook”, indique-t-il. Les gros portefeuilles ne sont pas les seuls dans son collimateur: l’association vise aussi les petites donations en proposant à chacun d’adopter une étoile au plafond de l’église. Une manière notamment d’engager les plus jeunes. “Notre-Dame nous a rappelé que nous devions remplir notre mission aussi rapidement que possible. Il est facile de prendre ces trésors pour acquis, de dire qu’on va revenir les visiter la prochaine fois qu’on vient en France. Mais il se peut qu’ils ne soient plus là“.

Maxime Aubin et Alexis Buisson