Arnaud Fleurent-Didier : “Si tu rejettes une étiquette, tu passes pour un snob”

Dans le quartier des artistes branchés – Soho – rendez-vous avec l’un des artistes français sur lequel on le plus jasé cette année, Arnaud Fleurent-Didier. “AFD” en agace plus d’un, la faute à ses allures de dandy dont il se défend, mais ramasse les hommages de la presse culturelle à la pelle.

Costume cintré rayé bleu marine, c’est vrai que le look a l’air très étudié. “C’est pour un clip que je dois tourner après avec des copains” dit-il comme une excuse. Il a fait sensation début 2010 avec son album “La Reproduction” et son premier single “France Culture”. Beaucoup ont alors vu en lui le nouveau renouveau de la Chanson française. Celui qu’on n’attendait plus. “Chanson française”, une étiquette dont il se défend également. Rencontre avec celui qui ne voulait pas avoir l’air de ce dont il avait l’air.

Après douze ans de travail dans l’ombre et trois disques, qu’est-ce que ça fait d’être enfin reconnu avec ce quatrième album?
Je n’attendais pas ce succès. J’ai toujours fait de la musique de façon très pragmatique. Les oeuvres ont toujours été plus importantes pour moi que mon nom, qui est d’ailleurs impronnonçable ici pour les Américains (rires)! Je préférais mettre en avant mon label (French Touche, ndlr). Mais évidemment quand tu travailles en indépendant comme ça avec ton label, tu n’as pas autant de retours. Donc là avec une grosse maison de disque (Sony, ndlr), tu vois que les gens apprécient ton travail. Et pour être honnête, c’est plaisant! Ce succès est dû en grande part à la maison de disque. Ils sont beaucoup plus “pro”avec la promo, la communication…. Moi j’ai pas l’impression de faire de la meilleure musique qu’avant…

Et vous vous reconnaissez dans l’étiquette “nouvelle Chanson française”?
En France tout est tribu un peu. Je connaissais un peu Vincent Delerm, mais j’étais plus proche de Katerine. Mais on n’a tellement rien à se dire quand on se croise – “alors ça va, c’était bien ton concert? Oui et toi?” – que je ne comprenais pas comment on pouvait nous ranger dans la même catégorie. On n’a pas les mêmes envies, on travaille pas avec les mêmes artistes… Du coup je trouve ça bizarre, je ne trouve pas ça vrai. Y’a des gens qui me comparent à Benabar par exemple… bon pourquoi pas… Et puis si tu rejettes une étiquette, tu passes pour un snob.

Vous vous définissez plus comme chanteur “pop”…
Oui, prenez le groupe pop MGMT (qu’il va voir en concert le soir même au Radio City Music Hall, ndlr). Ils ont des relances, des mouvements, des accélérations, une construction (musicale, ndlr) très compliquée… C’est pas seulement une voix posée sur une petite grille d’accords. Et d’ailleurs souvent je modifie le texte pour que ça cadre avec la musique. En général c’est vraiment la musique qui prime. J’ai besoin de construire, ça me rassure beaucoup qu’il y ait un début, une fin avec une histoire.

Et c’est quoi l’histoire que vous racontez dans “La Reproduction”?
C’est un jeune homme qui arrive à l’âge adulte et au moment de faire l’amour, et donc de faire un enfant, il se rend compte qu’il ne connaît rien du monde, de la culture. D’où le titre d’abord “France Culture”. Et ensuite tu suis les pérégrinations de ce jeune homme qui au fur et à mesure se rend compte qu’il ne faut pas se prendre la tête (rires) avec “Ne sois pas trop exigeant”. Et alors il arrive à refaire l’amour, c’est dans la chanson “Risotto aux courgettes”. En fait ça dit un état d’esprit mais ce n’est pas autobiographique. C’est à propos de cette arrivée à l’âge adulte et de la question de faire un enfant. C’est la reproduction.

D’où le titre alors…
Oui c’est ça. La reproduction c’est un terme assez laid. C’est pour parler du sexe mais aussi la reproduction des erreurs des parents. En vieilissant, je ressemble de plus en plus à mon père et ça m’effraie. Ce que je voulais vraiment c’était de parler à la fois du sexe et de la politique, en France. Qu’est-ce que c’est que la gauche, qu’est-ce que c’est que la droite quand on n’a pas des parents, c’est mon cas, qui nous ont inculqué une idéologie marquée. D’où la chanson “Mémé 68” (sur la question de la mémoire des grands événements historiques, ndlr). Mais je voulais parler de politique d’une manière qui ne soit pas engagée du tout. Je liais ça à la question du sexe car quand tu fais un enfant, après quand tu votes c’est la question de quel monde tu choisis pour tes enfants.

Dans vos clips, on sent une influence des années 60, la Nouvelle Vague… c’est aussi le cas pour votre musique?
Musicalement je suis plus influencé par les années 70, mais les années 60 aussi c’est vrai. C’était une période extrêmement riche dans l’inventivité.  C’est vrai que je fais moi-même mes vidéos avec trois francs six sous, ça rappelle la Nouvelle Vague. Et c’est plus ou moins “frenchie-charmant”. Mais ce n’est pas volontaire. C’est plus que j’ai ça dans ma culture. C’est comme Gainsbourg, des gens disaient à la sortie de l’album avec “France Culture”, “il a pompé Gainsbourg”. Mais je n’ai aucune fascination pour lui. Après que je me suis rendu compte que j’avais été influencé par “Bonnie and Clyde”, j’ai ça dans mon inconscient. C’est vrai quand j’avais 20 ans, j’étais fan de Truffaud et Godard. Le ciné et la littérature nourrissent la construction de mes albums.

Vous avez une image de dandy de droite, comment le vivez-vous?
Pas très bien. Il faut que je fasse gaffe à ce que je dis… Oui j’ai un goût pour certaines fringues, une certaine époque mais pas pour un élitisme culturel de droite. Le dandysme c’est quelque chose qui m’échappe totalement. Mon album a fait l’effet d’un pavé dans la marre : soit on déteste soit on adore. Comme une sorte d’ovni, et quand t’es un ovni, t’es automatiquement un dandy. Cela m’ennuie quand on juge plus ma personne ou mes fringues que mon travail. Mon nom est toujours écrit en tout petit sur mes disques.

Ca fait quoi d’être invité par le MoMA?
C’est exotique… ils sont charmants. Mais ce n’est pas impressionnant parce qu’en France on a joué dans des cinémas, à Bruxelles dans un musée… Ici c’est difficile de rendre une couleur, une esthétique. C’est le charme “Nouvelle Vague” qui fonctionne ici et ce n’est pas ce que je préfère. En France on me reconnaît davantage un nouveau style de chanson.

Arnaud Fleurent-Didier sera sur scène le 19 août dans les jardins du MoMA dans le cadre des MoMA Nights. A 17h30 puis à 20h45.
Ses autres dates:
Le 20 août au Zébulon à 21h
258 Wythe, Brooklyn
Et le 21 août à 20h à Barbès ($10)
376 9th St, Brooklyn

A noter également la sortie sur internet de l’album New French Song chez Barbès Records le 3 août. Avec Arnaud Fleurent-Didier, Marianne Dissard (interview la semaine prochaine) et d’autres artistes français.