Artistes sans papiers

La procédure pour obtenir votre visa fut longue et compliquée ? Si cela peut être une consolation, vous n’êtes pas les seuls. Les artistes ne sont pas mieux lotis en la matière. Le groupe français Fancy en sait quelque chose. Le groupe aurait dû se produire en Mars aux Etats-Unis pour une dizaine de dates, dont l’une au Madison Square Garden, en première partie du célèbre groupe éléctro Justice. L’un des membre du groupe Mohamed Yamani n’a pas obtenu son visa dans un premier temps. «Le groupe a dû annuler 10 dates, et n’a pu faire que les trois derniers concerts sur la côte Ouest” raconte Robert Singerman, responsable du Bureau Export de la Musique française à New York. La raison serait, selon la maison de disque, liée à une homonymie avec un terroriste, pourtant mort, nommé Abou Mohamed al-Yamani, rapporte Libé. “Beaucoup de gens au niveau des autorités françaises se sont impliqués pour débloquer le dossier», dit Robert Singerman.

Autre cas de refus récent, côté anglais cette fois : Amy Winehouse. La star de la pop anglaise a vu sa demande de visa initialement refusée, lorsqu’elle devait se rendre à la cérémonie des Grammy Awards 2008 à Los Angeles. Certains expliquent ce refus par sa réputation sulfureuse.

«Le principal problème [quand il s’agit des artistes] est le temps et l’argent», explique Jonathan Ginsburg, un avocat de l’immigration à Fairfax, en Virginie, du cabinet Fettmann, Tolchin & Majors. Mais la situation pourrait changer bientôt : la Chambre des Représentants a voté le 1er Avril un projet de loi pour accélérer les procédures d’autorisation de visa pour les artistes étrangers. Les organisations artistiques retiennent leur souffle et s’enthousiasment à l’idée de voir leurs problèmes (le temps, l’argent, la complexité) sinon résolus, du moins soulagés. «Si la loi passe, cela sera un immense bénéfice pour les organisations artistiques», explique Laura Aswad, directrice de la société Real Arts and Culture, qui travaille en collaboration avec l’Alliance Française et le Lincoln Center Festival.

Les frais de dossiers «réguliers» pour les visas des artistes s’élèvent à $320, mais bien souvent, il faut débourser $1000 en plus pour la procédure «premium». Il faut aussi payer les honoraires d’un avocat ou de la personne spécialisée en charge du dossier. «Prenons le cas d’une compagnie de danse : il faut payer les frais pour chaque danseur et chaque technicien. Les petites organisations artistiques n’ont pas les moyens de payer de telles sommes», explique Laura Aswad.

A cela s’ajoute la complexité pour les artistes «confidentiels», du moins ceux qui n’ont pas encore percé : «Les artistes doivent montrer qu’ils ont eu une couverture médiatique en anglais. Des articles de la presse française, traduits en anglais, ne suffisent pas. Cela ne marche que pour certains groupes qui ont déjà fait des concerts en Angleterre, et ont ainsi pu avoir des articles de presse britannique» dit Robert Singerman.

Une fois la demande déposée, le Ministère de la Sécurité Intérieure est sensé traiter le dossier dans les deux semaines qui suivent, mais cela n’est presque jamais le cas, expliquent les organisations artistiques. «Cela peut prendre entre un et six ou sept mois, sans même avoir l’assurance que le dossier sera approuvé», explique Laura Aswad. L’une des vertus de la procédure «premium» est d’ «expédier » (expedite) la candidature en moins de deux semaines, afin d’être fixé. Le projet de loi, qui s’applique seulement aux organisations artistiques à but non lucratif, étend le temps alloué au Ministère pour traiter le dossier de deux semaines à trente jours. S’il dépasse cette échéance, le Ministère devra dorénavant « expédier » la demande, sans faire payer les $1000 de service « premium ».

«Cela sera un soulagement pour les organisations artistiques, d’autant que l’approbation des Services de l’immigration n’est qu’une première étape», avertit Laura Aswad. «Il faut ensuite obtenir un rendez-vous auprès d’un Consulat».

Laura Aswad raconte un autre cas de refus : «Je me souviens de m’être occupé des visas pour les membres de la troupe d’une pièce de Peter Brook qui avait été jouée aux Bouffes du Nord. Ils devait venir aux Etats-Unis. L’un des acteurs français d’origine congolaise n’avait pas obtenu son visa. Il a été remplacé par un autre acteur de la pièce, qui a dû apprendre le rôle à la va-vite» explique-t-elle. Mais ces cas restent peu nombreux. «En général, les Français bénéficient d’un Service Consulaire américain en France très conciliant avec les artistes », dit Jonathan Ginsburg.

Les différentes catégories de visas pour les artistes :
Le visa 0 : pour les « personnes de renommée nationale ou internationale connues dans le monde des arts », dit le site du Consulat américain en France, en somme le visa des stars.
Le visa P : pour les artistes (les groupes, les compagnies) se produisant aux Etats-Unis dans le cadre d’échanges culturels