Carole Granade, le centre côté ouest

Quand nous rencontrons Carole Granade dans un café aux abords de Bryant Park, fin janvier, la candidate centriste a une valise et s’excuse d’être en « jetlag ». « Je suis arrivée de France hier».

De tous les candidats aux législatives en Amérique du Nord, Mme Granade est la seule (avec Frédéric Lefebvre de l’UMP) à résider dans l’Hexagone. En 2011, après 15 ans à San Francisco, elle, son mari et leurs deux enfants décident de s’installer à Lyon, où elle travaille depuis comme consultante indépendante auprès d’entreprises françaises souhaitant s’installer en Californie. Pour la campagne, elle multiplie donc les heures de vol. Selon elle, l’éloignement de la circonscription ne la disqualifie pas, au contraire. « Le député des Français de l’étranger doit avoir une expérience de terrain importante et une capacité à être présent en France pour apporter son expérience sur les propositions de loi votées à l’Assemblée. Je suis la seule candidate à avoir les deux.»

Carole Granade, 42 ans, découvre la côte ouest en 1996, quand elle suit son mari venu travailler pour une start-up à San Fransisco. Son engagement au MoDem est récent. Elle dit avoir rejoint le parti centriste car les citoyens qui s’engagent en politique, comme elle, y sont valorisés. « Il y a des politiciens de carrière et d’autres qui s’engagent à un moment donné de leur vie ».

De la politique, cette diplômée de l’Ecole Polytechnique Féminine et de HEC en faisait déjà sans le savoir. Directrice de la Chambre de commerce franco-américaine de San Francisco pendant près de neuf ans, elle était membre de « l’équipe de France de l’export », aidant les entreprises tricolores à se développer sur le marché américain. Elle a également servi au conseil d’administration de l’association d’accueil de familles expatriées San Francisco Bay Accueil et a participé à la création de Education Française Bay Area (EFBA), une programme qui propose des afterschool en français dans les écoles locales. « Mon engagement sur le terrain, pour soutenir les familles et les entreprises, était quotidien, affirme-t-elle. J’ai choisi de faire de la politique car je veux voir ce que je peux changer. »

C’est cette expérience de terrain, et de mobilité, que la centriste veut mettre en avant aujourd’hui. Dans le domaine de l’éducation, elle soutient la politique de Prise en charge (PEC) des lycéens français scolarisés dans les établissements français aux Etats-Unis. Elle souhaite même l’étendre jusqu’à la sixième. Rappellons que cette extension était prévue à l’origine mais à été suspendue en 2010 à cause de son coût évalué à l’époque à 750 millions d’euros. La PEC n’est donc en vigueur que pour les clases de secondes à terminales. Pour Carole Granade, le coût de l’extension jusqu’à la sixième serait «une goutte d’eau par rapport au reste» du budget de l’Education nationale (61 milliards d’euros pour 2012).  Elle veut aussi consolider les alternatives aux Lycées français en étoffant les outils de gestion accordés aux programmes FLAM, ces initiatives d’enseignement du français dans les écoles américaines. Car une offre éducative trop limitée freine la mobilité. « Il y a des familles au sein desquelles le père va aux Etats-Unis pour le travail et femmes et enfants sont laissés derrière pour poursuivre leur éducation. C’est cruel. Il faut travailler à cette continuité entre la France et les Etats-Unis, dans le primaire et le supérieur.»

Dans le domaine de l’accompagnement des entreprises françaises aux Etats-Unis, elle veut identifier quelques « happy few » qui bénéficieront de mesures de soutien renforcées. « Pendant longtemps, on a voulu envoyer un maximum d’entreprises françaises à l’export, mais il y a un grand nombre d’entreprises françaises qui n’y sont pas prêtes. C’est criminel d’essayer de pousser ces gens à trouver la manne opportune aux Etats-Unis en leur faisant croire que l’argent y pousse sur les arbres alors que c’est un pays difficile ».

Mme Granade compte sur son suppléant, Franck Barrat, élu de l’Assemblée des Français de l’étranger, et une équipe d’une dizaine de membres repartis sur l’ensemble de la circonscription pour porter son message. Même si un autre centriste, Philippe Manteau, a annoncé sa candidature, elle croit en ses chances: « On ne connaît pas la circonscription, c’est une première. On ne sait pas si l’on votera sur le parti ou la personne. Si quelqu’un arrive à deviner ce qui va se passer dans cette élection, il est très fort. »

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Propos recueillis par Alexis Buisson et Emmanuel Saint-Martin