Céline Clément : « Pas une candidature de témoignage »

Céline Clément a l’habitude des élections difficiles. Aux cantonales de 2011, elle était candidate-suppléante du Parti Communiste (PCF) dans la circonscription Meinau-Neufeld-Schluthfeld en Alsace, bastion historique de la droite. Sans surprise, elle ne sera pas élue, mais son ticket recueille 5,27% des suffrages. Un score “exceptionnel, affirme-t-elle. Il y a eu deux cantons où le PCF était au-dessus des 5%. Cela n’était pas arrivé depuis 1981 je crois ».

En 2012, sollicitée pour être la candidate du Parti Communiste – Front de Gauche à la législative en Amérique du Nord, parviendra-t-elle à percer dans une circonscription a priori hostile? Compte tenu des bons scores de Jean-Luc Mélenchon (donné troisième homme de la présidentielle dans un sondage LH2 paru le week-end dernier et quatrième chez les Français de l’étranger), elle l’espère. « Il y a quelques mois, personne n’aurait cru que Jean-Luc Mélenchon serait au-dessus de 10% des intentions de vote, dit-elle. Et d’ajouter: Nous ne sommes pas une candidature de témoignage ».

L’engagement de Mme Clément, native de Boulogne-sur-Mer, remonte aux années 80. Les massacres dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth en 1982, les mouvements lycéens et étudiants du début des années 90 contre la réforme des universités de Lionel Jospin, et la Guerre du Golfe en 1991 ont défini ses convictions politiques. En 1993, elle rejoint le syndicat étudiant de gauche, l’UNEF, et prend sa carte au PCF en 1995, quand le parti est dirigé par Robert Hue. « Le Parti Communiste répondait à mes aspirations de justice sociale, de partage des richesses. Une idée qui est pour moi essentielle ».

En 2007, elle s’installe au Québec, pour travailler comme enseignante-chercheuse en psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle y rencontre son conjoint, un Canadien. Leur fille de deux ans est Franco-canadienne. Elle ne s’éloigne pas de ses convictions, se retrouvant dans les idées de Québec Solidaire, le parti socialiste et souverainiste. « J’ai vécu comme un étranger dans un pays qui parlait ma langue mais pas tout à fait. Je mesure la difficulté de vivre à l’étranger alors que certains partis politiques en ont une vision caricaturale ».

Indemnisation chômage pour les Français de l’étranger

Les problèmes des Français de l’étranger peuvent-ils être résolus par des réponses droite-gauche ? Elle assure que « oui », précisant que le programme du Front de Gauche peut s’appliquer à l’étranger. Elle cite notamment le cas de la Caisse des Français de l’Etranger (CFE), l’organisme chargé de la protection sociale des Français hors de France. « Les partenaires de la CFE sont des assureurs privés. Nous ne sommes pas dans une assurance sociale publique à part entière. Nous voulons transformer le système pour que chacun puisse accéder à une couverture sociale ». Autre proposition : étendre l’indemnisation chômage aux Français de l’étranger. « On ne peut beneficier de cette indemnisation que si l’on rentre en France. C’est une aberration. Car les réseaux professionnels et sociaux ne sont pas en France ». A propos de la mesure de gratuité de la scolarité dans les établissements de l’Agence de l’enseignement du français de l’étranger (AEFE), mise en place par le gouvernement pour la Seconde à la Terminale, elle parle de démarche « populiste ». Elle plaide pour une revalorisation des bourses sur critères sociaux et un soutien public aux options alternatives d’enseignement bilingue. « Nous ne voulons pas recréer une élite française à l’étranger », argue-t-elle.

Professeure en psychologie et sciences de l’éducation à l’Université de Strasbourg, Céline Clément s’appuiera notamment sur son suppléant Thomas Collombat, basé à Montréal, pour faire campagne et n’exclut pas de se rendre dans la circonscription. Le tandem compte sur le ralliement des déçus nord-américains de la gauche et un possible bon score du candidat Mélenchon à la présidentielle, faute de réseaux de militants à l’étranger à la différence du PS ou de l’UMP. « Le réseau s’active. On a des échos dans certaines villes des Etats-Unis, relativise-t-elle. Il y a des sympathisants de gauche qui auront peut-être envie de découvrir de nouveaux horizons. »

Visiter la page de campagne Facebook de Céline Clément ici