Champagne: l’hypothèque euro

De 2001 à 2006, les importations de champagne aux US ont augmenté de 67%. Les bulles françaises sont passées sans encombre au travers des boycotts post guerre en Iraq. Mais producteurs et importateurs se demandent maintenant si ils tireront aussi bien leur épingle du jeu face à l’euro fort.
Pour ces fêtes, les stocks de champagne ont été achetés il y a plusieurs mois. Les distributeurs ont donc une couverture relativement grande et devraient dans l’immédiat être en mesure de satisfaire la demande. En revanche, une fois les stocks écoulés, la situation va devenir pénalisante pour les importateurs qui répercuteront mécaniquement les hausses de coûts sur les prix. Il sera difficile pour le consommateur américain de trouver une bouteille de qualité à moins de 30$. Bien que le champagne bénéficie d’une image haut de gamme, la question de seuil psychologique risque de poser problème.

Pour atténuer les effets redoutés de la dépréciation du dollar, certains distributeurs, comme Baron Francois ltd, société importatrice de vins dans le nord-est des Etats-Unis, ont adopté de nouvelles stratégies commerciales. Le président de Baron Francois, Denis Lesgourgues explique qu’il y a déjà 18 mois, il a “misé sur un transfert de consommation du champagne vers des vins effervescents français”. Ce choix s’avère aujourd’hui très positif. Malgré le taux de change, il confie que «le marché se tient mieux que prévu».


Mais l’atout numéro 1 du champagne reste son inaltérable goût de luxe, entretenu grâce à de véritables machines de communication, qui, de temps en temps, lancent des coûts marketing pour renouveler le genre. Dernier en date: le champagne rosé. Avec une augmentation de 126% entre 2003 et 2005, The Office of Champagne, représentant américain du Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne, doute qu’America’s love affair with Rosé will end anytime soon. Pour Denis Lesgourgues, la mode du rosé souligne surtout le caractère hétérogène et sophistiqué du marché américain. “Il n’y a pas un marché américain, mais des marchés américains”.


Par ailleurs, l’enthousiasme pour les petits producteurs, «ceux qui ont les mains dans la terre» est de plus en plus grand. Ils véhiculent une idée de produit naturel, authentique et de qualité qui séduit les consommateurs américains de plus en plus avertis. Il s’agit désormais de découvrir des terroirs, des saveurs. Un marketing qui se veut plus “vrai”, plus “bio” et donc plus honorable qui fait recette.

En 2006 à NewYork, les ventes de champagne ont plus fortement augmenté hors saison qu’en période de fêtes. Certains y voient un signe de “dessaisonalisation” et de “ démocratisation” de la consommation de champagne. Le Bubble lounge est un bar à champagne installé depuis 11 ans à New York. La gérante, Emmanuelle Chiche, explique qu’à la base, l’idée était de désacraliser le champagne, de le faire rentrer dans le quotidien des new-yorkais. Lorsqu’ils ont ouvert, ils n’étaient pas du tout sur «du coup», « au début, les gens étaient très timides, ils croyaient que le bar était un club privé ». Aujourd’hui le concept connaît un grand succès. Reste que la carte n’affiche aucune coupe de champagne à moins de 15$. En 2006, les Américains n’achetaient qu’une bouteille de champagne pour 158 bouteilles de vin tranquille. Le champagne est loin d’être devenu accessible à la majorité.

Source des chiffres : Mission économique de New York, The Office of Champagne