Chinatown vu autrement

Jane Lombard est à l’honneur pour sa première exposition. Tout juste diplômée d’une école de graphisme parisienne, cette française de 24 ans a posé ses valises à New York il y a un an pour travailler en tant qu’assistante-photos.

Elle connaissait déjà un peu la ville pour y avoir fait un stage en 2003 mais ne se lasse pas de l’arpenter à l’affut du sujet idéal.

« Je cherche toujours des angles, un attitude, ou quelque chose qui se passe d’inhabituel », dit-elle. Rien de plus facile pour elle qui habite à quelques blocs de Chinatown d’aller y prendre des photos, fût-ce à 6 heures du matin pour suivre la livraison des poissons.

Les minorités et les enfants sont ses sujet de prédilection, Chinatown lui tient donc naturellement à cœur. « Il y a beaucoup de vie et j’adore être dans la foule », confie-t-elle.

Depuis un an, Jane Lombard s’est ingéniée à capturer au vol la vie quotidienne du quartier, le départ du métro, l’affairement dans les épiceries, les enfants dans les rues. « Je ne veux pas les interrompre dans ce qu’il font. J’arrive le plus vite possible et le plus discrètement possible pour avoir le plus naturel possible » explique-t-elle en présentant ses 20 clichés dont l’un été exposé au Palais de Tokyo à Paris.

Loin des panneaux publicitaires bigarrés du quartier, la jeune Française a pris le parti de prendre uniquement des photos argentiques en noir et blanc pour s’attacher à l’essentiel. « Cela fait ressortir le côté graphique, on voit plus la composition que les couleurs ». L’américain Frank Thompson a également choisi le noir et blanc pour les quelques clichés qu’il expose dans la galerie.

La couleur l’emporte en revanche sur le mur opposé. Un système d’air conditionné miniature, un kit de toilette complet, un ordinateur portable ou encore des chaussures, le tout en papier… Détrompez-vous il ne s’agit pas de l’attirail d’une petite fille chinoise mais d’objets funéraires. La tradition chinoise veut que lors d’un décès, on brûle ces objets en papiers au temple ou devant la porte du défunt pour assurer son confort dans l’au-delà. Rien n’est gratuit ici-bas et la situation n’est guère plus enviable dans l’autre monde. Les proches du défunt veillent donc à lui faire parvenir un peu d’argent de poche, en faisant offrande de billets imprimés par la « Bank of the otherworld ».

La française Virginie Sommet installée à New York depuis 8 ans et auteur du livre “Only in New York, Darling” est l’une des rares artistes à avoir une galerie à Chinatown. Elle s’est inspirée de « L’urinoir » de Marcel Duchamp et du concept du « ready-made ». Selon elle, le simple fait d’exposer ces objets apparemment anodins dans une galerie en fait des œuvres d’art. Les miniatures en papier ne sont pas même retouchés. C’est avant tout leur côté insolite qui a séduit Virginie Sommet. Bien que toutes oeuvres exposées soient à vendre, « C’est pas du tout l’argent qui m’intéresse sur ce projet là », dit-elle, « c’est le fun of It ». Quelques unes de ses œuvres issues de sa série « Méditation » sont également exposées dans le cadre de l’exposition aux côtés de celles du graphiste Gary St. Clare qui a travaillé sur les ombres chinoises.

Gallery 171-173.

171 Canal St.

Ouverte sur rendez-vous jusqu’au 9 juillet.

Contactez Virginie Sommet au 646.245.6072

virginiesommet.com