Conversation avec Olivier Barrot

Olivier Barrot a entamé cet automne la troisième saison de “French Litterature in the Making“, une série de conférences programmées par la Maison Française, à raison de 6 à 8 par an. Une petite escapade new-yorkaise entre deux tournages, pour celui qui anime depuis 17 ans l’émission “Un livre, un jour” sur France 3, entre autres activités littéraires et académiques.

C’est lui qui est venu trouver, il y a plus de deux ans, Tom Bishop, directeur de l’Institute of French Studies à la NYU, pour lui suggérer l’idée d’un cycle de discussions avec des écrivains français. Bien plus que des simples conférences ou interviews, l’idée d’Olivier Barrot était de mettre en place des entretiens qui soient des radiographies approfondies du parcours d’un auteur, et d’éviter l’écueil d’un format universitaire trop classique. L’objectif: rendre hommage à la littérature en France dans tout ce qu’elle a de plus vivante et de dynamique, et être au plus proche de son actualité créative. “Ce qui m’intéressait, c’était de signifier que la littérature française n’était pas morte, qu’elle n’était pas morte avec le nouveau roman, avec Jean-Paul Sartre et André Malraux”.

Olivier Barrot. Photo credit: Allison Maguy
Les écrivains invités sont tous “les témoins d’une littérature vivante et les porteurs d’une expression française contemporaine“, quelque soit par ailleurs la diversité de leurs carrières, ou de leur profil littéraire. “Les gens qui sont venus ici, hommes ou femmes, jeunes ou plus âgés, ne se ressemblent pas, sinon qu’ils sont tous à mes yeux les témoins en pleine productivité”. Olivier ajoute également ne pas vouloir faire de choix entre une littérature d’expérimentation et une littérature plus grand public. Il a reçu autant des écrivains de pure création littéraire, très concentrés sur la forme, tel Jean Echenoz ou Linda Lê, que des romanciers attachés à la qualité de l’intrigue et des personnages, par exemple Marie Nimier, Jean-Paul Dubois ou Philippe Tesson. “J’essaie de faire mon travail d’une manière diversifiée, qui correspond à la diversité de la littérature aujourd’hui en France”.

Derrière la démarche du journaliste français, se cache une passion sincère et fameuse pour la littérature d’une part, et celle, moins connue, pour l’Amérique d’autre part. Bien loin de considérations sur l’exception culturelle française ou d’un quelconque souci pour la francophonie à travers le monde, il est d’abord et avant tout guidé par le plaisir: “C’est tout simplement un plaisir, pourquoi ne pas en convenir?”, dit-il en souriant. En 2001, il avait déjà publié, en collaboration avec Philippe Labro “Lettres d’Amérique“, un voyage littéraire au pays des cow-boys. “J’aime ce pays, pour des raisons qui ne s’expliquent pas forcément”. “Je me sens à New York comme chez moi“, et il n’imagine pas le concept de “French Literature in the making” ailleurs qu’ici: “C’est un one-shot strictement new-yorkais, qui serait de toutes les manières inmontable ailleurs!”.

Si ces visites à la Big Apple sont, comme il le reconnaît volontiers, un agrément pour Olivier Barrot, il ne lui aura pas moins fallu beaucoup d’efforts et de volontarisme pour faire passer ce projet de la théorie à la pratique. Il a fallu trouver des sponsors prêts à financer le voyage d’écrivains à peine lus aux États-Unis, et ce, pour des discussions à but non lucratif. Plusieurs sociétés françaises lui ont finalement fait confiance, et le public a suivi: alors que ces cycles de discussions étaient au départ conçus comme une offre de complément pour les étudiants francophiles de la NYU, il s’est vite avéré qu’elles attiraient un public franco-américain bien plus diversifié, et qui, pour le grand plaisir de l’animateur, se renouvelle souvent.

Pour la littérature française aux États-Unis, c’est une petite goutte de réconfort dans “un océan d’indifférence“, pour reprendre l’expression du journaliste. Ce dernier ne mâche en effet pas ses mots pour décrire la triste réalité des auteurs français, même ici, à New York: “peanuts!”, “extraordinairement anecdotique”, “je prêche dans le désert, mais ca ne m’empêche pas de prêcher”. Ce ne sont pas les écrivains de notre doux pays qui intéressent les maisons d’éditions américaines, ni d’ailleurs leurs confrères européens, souvent encore moins bien lôtis. Ce constat n’est malheureusement ni très nouveau ni très surprenant: les États-Unis n’ont jamais été très curieux d’une littérature autre que la leur. “A cela s’ajoute une perte indéniable d’influence de la France sur la scène internationale”, analyse Olivier, qui rappelle avec nostalgie l’époque ou Anatole France effectuait des tournées mondiales à guichets fermés pour signer ses livres. La situation va-t-elle empirer? “Nul n’est prophète en son pays” soupire-t-il. “Est-ce qu’avec l’individualisation des modes de communication, on va se remettre à lire? Je n’en sais rien. Est-ce qu’avec l’élection d’Obama, on va se remettre à traduire les auteurs français?Je n’en sais rien non plus!” poursuit le Français, qui tient surtout à souligner qu’il est impossible d’avoir un avis tranché sur un sujet aussi vaste et compliqué, sans tomber dans la caricature.

Les Européens continuent de penser que le cœur de la création littéraire se situe davantage en Europe qu’aux États-Unis, poursuit Olivier Barrot: “mais je ne suis pas forcément d’accord. Certes, la littérature est plus diversifiée en Europe, car après tout, qu’est-ce qu’est-ce l’Europe? Mais je ne pense pas qu’elle soit plus riche ou plus forte”.“La littérature américaine est une littérature extrêmement puissante, variée, modulée à l’infini, avec des romanciers et des poètes formidables”. Malgré cette admiration, Olivier Barrot ne peut s’empêcher de laisser échapper quelques constats amères: d’abord l’ultra commercialisation de la pratique littéraire aux États-Unis et la disparition presque complète des librairies, et ensuite le fait que cette curiosité et cette appétence des européens pour les auteurs américains ne soient malheureusement pas réciproque.
Mais au-delà de ces controverses, une seule chose est sûre: “Il y a toujours une volonté d’expression en France comme ailleurs, et mon rôle est d’essayer de la faire apparaitre en toute modestie”.

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