Créatrice d’espèces, Marianne Magne invente le codex du futur

533 California Avenue. A quelques mètres d’Abbott Kinney, le parcours du Venice Art Walk conduit au studio de Marianne Magne. Là, Beast sera sans doute alangui dans un coin de l’atelier. Un moelleux chat noir et blanc qui, avec ses pattes à sept griffes a dû bien inspirer une partie de l’œuvre de sa maîtresse. Car l’hôte de cet atelier est une observatrice du vivant en mutation. Sur les murs, ses dessins au graphite et au pastel représentent des êtres, formes dotées de pattes et tournées sur elles-mêmes, membres tendus par une danse mystérieuse. Ce sont les « Polydactyles».

En face, répondent de grands cibachromes de visages, de simples photos à l’origine, ensuite brûlées, peintes et collées, qui constituent la série des «Palimpsestes». Ces figures distordues et agrandies – pour la plupart des autoportraits, ont une peau rendue quasi translucide. «Les corps sont la base de mon travail, une matière première que je manipule pour que ressortent la chair, l’intérieur du corps, c’est ce dont nous sommes constitués qui m’intéresse » commente Marianne, qui se souvient de sa grand-mère dans le Massif Central, qu’elle regardait tuer et dépecer des lapins sans ciller. «On a perdu ces gestes aujourd’hui, je suis incapable de faire ça».

Artiste de l’ « organique », cette française de 43 ans propose aussi des projections de ses animations vidéo, les « Mutations Digitals », où d’autres matières – cellules, molécules,  « microcosmes in motion »… – flottent sur écran au rythme de leurs mutations. Ces séries de films envoûtants que Marianne installe dans une boîte à miroirs, ou projette sur un mur ou un sol, diffusent une atmosphère planante. « Cellular Streams », visible sur son website, fut même projeté sur un pont des canaux à Venice, à l’occasion du bicentenaire du quartier en 2005.
Autres matières majeures dans l’univers de Marianne : les os, les bois flottés, les pierres, colonne vertébrale et dentitions de pélicans ou crânes de vache… Des trésors collectés sur les côtes occupent en effet plusieurs étagères dans le petit loft où vit et travaille l’artiste, jouxtant des céramiques qu’elle a  sculptées et qui imitent des becs d’oiseau ou des poings humains, les « Bones ».

Cette parisienne d’origine qui ne se « souvient pas avoir regardé la nature de façon consciente dans sa jeunesse » a éprouvé une vraie « révélation » dans le désert australien. «En regardant une formation rocheuse, j’ai tout d’un coup compris la connexion entre la nature et mon travail, ça m’a poussé à aller vers l’abstraction» explique-t-elle. Avide lectrice de science-fiction, Marianne découvre aussi avec le biologiste Richard Dawkins une lecture de l’univers concrète et qui la bouleverse. «Son explication du darwinisme est si limpide, ça m’a confortée dans mes créations d’espèces, mes bêtes mutantes».
Des créatures que l’artiste étiquette à la manière d’une biologiste ou d’une archéologue : « zoophyton fallopea ou obambulara tubulariae » lit-on ainsi en légende d’une image. Marianne règne sur tout un bestiaire imaginaire, dans lequel tout visiteur est bienvenu, à la condition de ne  pas détrôner le chat Beast de son fauteuil préféré.

http://www.mariannemagne.com/
(les videos s’affichent mieux sur le navigateur Explorer)

Lire ici l’article sur le Venice Art Walk

(Photo d’illustration: Coagula.com)