Dans le Bronx, un bout de paradis

Le visiteur entre dans une grande bâtisse abîmée. Sur sa droite, une salle de bal. Dans cette pièce décatie, des assiettes en porcelaine ont été incrustées dans un mur, des photos anciennes du Bronx transformées en papier peint… Dans une autre pièce, sur un pan de mur, est dessiné Grand Concourse, cette large avenue parfois surnommée « les Champs Elysées du Bronx ». Une vidéo se met en marche, les habitants du Bronx se mettent à parler. A l’étage, dans une dizaine de petites chambres à l’abandon, des artistes se sont exprimés: Cheryl Pope a recouvert l’un des plafonds de feuilles d’or, les graffeurs Daze et Crash ont repeint une pièce à la bombe, y amenant l’histoire contemporaine du quartier…

Nous sommes dans le Bronx, au milieu des vestiges d’une maison de retraite de luxe imaginée dans les années 1910 par Andrew Freedman, un millionnaire qui voulut qu’une partie de son immense héritage serve à bâtir un lieu d’accueil gratuit pour les individus fortunés déchus. Ouvert en 1924, cet hospice a continué de remplir sa mission jusque dans les années 80, quand sa fondation n’a plus eu les moyens d’entretenir les lieux. Il est ensuite devenu la propriété du Mid-Bronx Senior Citizens Council, une organisation d’aide aux personnes âgées. Une partie de la maison est utilisée pour des activités de quartier et des événements privés, mais l’essentiel est vide, faute de fonds nécessaires pour la restauration.

C’était avant ce mois d’avril 2012. Car la maison Andrew Freedman revit enfin. L’association No Longer Empty, dont l’objectif est d’amener l’art dans des espaces urbains à l’abandon, y anime jusqu’au 5 juin une exposition et une quarantaine d’événements (spectacles de danse, des conférences et des ateliers pour enfants). Créée en 2009, l’organisation a déjà travaillé au Chelsea Hotel à Manhattan ou dans des usines désaffectées de Brooklyn. « L’objectif est de faire revivre un lieu et son histoire. Cela permet aussi de donner du sens à cet art parfois obscur et de le rendre plus accessible », explique Naomi Hersson, sa directrice.

Le paradis bronxite

Ce projet dans le Bronx est le plus ambitieux de tous puisqu’une trentaine d’artistes est impliquée. « Nous voulons aider à créer de nouveaux récits autour du Bronx. Le Bronx ne brûle plus, les années 70 sont terminées ! Il y a de nombreux artistes qui vivent ici et une vivacité incroyable », précise-t-elle. D’où le titre de l’exposition, «This Side of Paradise», qui peut être interprété de différentes manières. « Pour certains, ce côté-ci du paradis, ce sera New York comparée à des villes européennes éteintes ou en crise. D’autres penseront à l’histoire du Bronx, le paradis se situant alors autour de Grand Concourse plutôt que dans les quartiers pauvres. D’autres enfin penseront au Bronx comparé à Manhattan. N’est-ce pas ici le paradis en fait ? Un borough où les loyers sont accessibles et qui attire tant d’artistes, une porte d’entrée pour les immigrants ? » Chacun pourra venir se faire une opinion.

Infos pratiques:

« This Side of Paradise » à la maison d’Andrew Freedman – 1125 Grand Concourse Avenue – New York 10452. Arrêt de métro 167th Street sur les lignes 4 / B / D. Du 4 avril au 5 juin. Les portes sont ouvertes du jeudi au dimanche, de 13 heures à 19 heures. Entrée gratuite, donations suggérées. Programme ici (informations en bas de la page).