Dans les pas de Django Reinhardt

Django Reinhardt n’aurait pas gardé un très bon souvenir de son passage aux Etats-Unis. Certes, le guitariste de génie, qui jouait avec trois doigts dont son pouce après une grave brûlure, était respecté de ce côté-ci de l’Atlantique. Mais quand il s’est posé aux Etats-Unis un beau jour de 1946 pour une tournée avec Duke Ellington, il a reçu un accueil plutôt froid. Motif : il est arrivé sans guitare, pensant qu’on allait lui en donner une comme il est de coutume en France, et plus grave, sans son groupe de musique, le Hot Club de France, qu’il a volontairement exclu du voyage. Embarras des organisateurs. « C’est de sa faute » juge aujourd’hui Stéphane Wrembel, star du jazz manouche à New York et accessoirement l’un de ses plus grands fans. « Ici, tu n’arrives pas en terrain conquis. »

Comme Django, Stéphane Wrembel est tombé dans le jazz tout petit. Il est né là où Django s’est éteint : dans une ville de la banlieue de Fontainebleau, où il passe son enfance avec la musique de son idole en fond. A 17 ans, étudiant le jazz à l’American School of Modern Music à Paris, il prend le géant du jazz pour modèle, rien que ca, adoptant non seulement son style musical mais aussi son mode de vie nomade. A plusieurs reprises pendant ses études, Wrembel « jamme » avec des artistes gitans au Nord de Paris. Peu importe les préjugés contre ceux que l’on appelle « les gens du voyage ». « Chacun est dans ce système de pensée, Français comme Gitans, souligne-t-il. Ce sont des philosophies de vie très différentes : tu ne peux pas être manouche et vivre en nomade,  et vivre comme un occidental avec un travail, un loyer à payer tous les mois. »

Sitôt son diplôme en poche, le nomade met le cap sur les Etats-Unis. « Un rêve d’enfance » selon lui. Il se forme à Berklee, l’école de musique réputée de Boston. « Tu entends du jazz, de la funk comme tu en as jamais entendu, s’émerveille-t-il. Pendant les deux premières semaines,  j’ai eu un blocage. Je me suis senti petit et écrasé. Un choc culturel et musical.»

C’était néanmoins un passage obligé pour passer à la vitesse supérieure. Deux ans plus tard, il arrive à New York, une ville qui a contribué à l’épanouissement du jazz sous toutes ses formes mais où, paradoxalement, sa variante manouche était sous-représentée. « A Boston je faisais 300 dollars par jour dans la rue. Ici non seulement personne n’écoutait mais les policiers m’ont demandé de remballer mes affaires.» Un coup de pouce du destin ? Wrembel part frapper aux portes de restaurants français, Jules Bistrot notamment. « Alors que je jouais un morceau pour le manager, des passants ont commencé à entrer dans le restaurant. Le manager m’a dit qu’il allait décommander le groupe du dimanche matin pour me donner la tranche !»

Alors que le jazz manouche explose à New York, comme en témoigne le succès du New York Gypsy festival qui fêtait en septembre ses cinq années d’existence, Wrembel continue à écrire sa success story. Bien aidé en cela par Woody Allen, qui a utilisé l’un de ses morceaux dans son film « Vicky Cristina Barcelona » sorti en 2008.  Son calendrier pour les prochains mois affiche complet. Prochaine étape : le festival Django à Gogo. « De sérieux guitaristes seront là », promet-il. Bon anniversaire Django !

Pour plus d’infos sur Stéphane Wrembel http://www.stephanewrembel.com/

Sur Django à Gogo – Joe’s Pub : http://www.joespub.com/