David Foenkinos, ou la frénésie d’écrire

David Foenkinos était un des onze écrivains invités par la New York University et les Services Culturels de l’Ambassade à venir débattre de l’actualité et du futur de la littérature française dans le cadre du Festival of New French Writing. Samedi après-midi, pendant l’heure de conversation qui lui était réservée avec son homologue Stefan Merrill Block, il a su tour à tour piquer l’attention, faire rire ou émouvoir une audience conquise par son naturel.

Il est en tête-à-tête aussi pétillant et chaleureux qu’en public. La trentaine sémillante, il se confie volontiers. Il adore Jerry Seinfeld, les Beatles, Womanizer, le dernier tube de Britney Spears qu’il joue à la guitare pour son fils de six ans. Curieux de tout, il pose autant de questions qu’il en écoute, s’enthousiasme de son voyage, de New York, des endroits qu’il a visités et des gens qu’il a rencontrés.

En France, David Foenkinos est un écrivain à succès. Son troisième roman, Le potentiel érotique de ma femme(2004), a fait un tabac grâce à un sens de l’humour décalé et fantaisiste, le sixième (Qui se souvient de David Foenkinos?) a reçu le prix Giono en 2007, et son septième et petit dernier (Nos séparations), paru en 2008, a été adapté au théâtre avec Catherine Jacob dans le rôle principal. Depuis 2001, il aura donc publié sept romans -le huitième est en préparation pour la rentrée prochaine. Insatiable, il travaille également sur deux pièces de théâtre et le reconnaît lui-même “Je ne sais pas m’arrêter!”

Pour French Morning, il s’est arrêté une petite heure, le temps d’un café et d’une interview.

French Morning:Es-tu fier d’avoir représenté la littérature française à New York le temps du festival?
David Foenkinos:”Fier” est un mot bizarre…Non, je suis plutôt très heureux. C’était un honneur de faire partie de cette sélection prestigieuse d’écrivains français et d’être à la NYU. Je voyage beaucoup avec mes livres, et quand on m’a proposé de venir à New York, j’étais fou de joie. C’était presque un rêve.

Comment s’est passée la rencontre avec Stefan Merrill Block, l’écrivain américain avec lequel tu as été “couplé”?
Très enrichissante, autant au niveau humain que littéraire. J’ai adoré cet homme et j’ai adoré son livre (ndlr: The story of forgetting, 2008). Il est très représentatif du nouveau roman américain, et à cet égard, je trouve que je suis très bien tombé avec lui. C’était un véritable échange.

Est-ce que tu te reconnais dans les dix autres écrivains qui sont venus avec toi à New York?
Non, j’ai très peu de points communs avec tous, sauf peut être avec Jean-Philippe Toussaint et Emmanuel Carrère pour son humour dans le roman La Moustache. Nous formions un groupe très disparate, l’idée étant d’avoir un panel d’auteurs chacun représentatif à leur manière de la littérature française aujourd’hui. En revanche, c’était tous des écrivains que j’aime bien et que j’admire.

Et est-ce que tu sens appartenir à une génération littéraire en particulier?
Je me sens proche de certains écrivains, mais je pense pas qu’il y ait de phénomène de génération. Les carrières sont beaucoup plus individuelles maintenant.

Tu as été traduit dans une quinzaine de langues. Ce sont des bonnes ou des mauvaises surprises lorsque tu découvres ces traductions?
Quand je relis mes anciens livres, il y a certains passage que je ne comprend même plus moi-même (rires), alors si un traducteur n’est pas rentré en contact avec moi, il y a peu de chance qu’il comprenne le texte! (rires). En fait, je ne suis pas très exigeant, je n’ai pas un souci de contrôle absolu sur mes textes. C’est comme pour les adaptions cinématographiques de mes livres, je laisse les scénaristes libres de faire leur boulot.

Justement, peux-tu nous en dire un peu plus sur ces adaptations au cinéma qui se préparent?
Il y en avait quatre en projet, mais deux ont été abandonnées. Finalement, c’est En cas de bonheur et Nos séparations qui finiront sur grand écran. Je suis très exigeant sur le choix du producteur et du réalisateur, mais une fois que j’ai donné mon accord, je m’efface. Et puis je suis toujours en mouvement, toujours sur de nouveaux projets. Je dois apprendre à me stabiliser (grand éclat de rire)!

Être toujours en mouvement, est-ce ce dont tu parles quand tu dis que tu n’as pas l’angoisse de la page blanche, mais celle de la “page noire“?
Oui, j’ai des nouvelles idées tout le temps, j’ai toujours des projets en cours, c’est presque épuisant (rires)! J’ai besoin de m’arrêter! J’ai la culpabilité du vide. Et puis la création, c’est de la boulimie affective, enfin ça c’est un autre sujet (grand sourire et geste de la main dans le vide)….Je publie un roman par an, et c’est déjà beaucoup pour le milieu littéraire. Il y a une sorte de prime à l’absence, comme si le temps pouvait prouver la densité de quelqu’un. Moi je ne donne pas de valeur au temps. Je pourrais publier deux romans par an, mais je me freine. Le problème, c’est que je n’arrive pas à rester sans écrire. Même quand je n’écris pas, j’écris.

Tu as publié une fausse autobiographie de toi-même, Qui se souvient de David Foenkinos?, ou justement le héros, ce faux double de toi-même, n’avait plus d’inspiration. C’était une façon d’exorciser?
Oui, certainement…le héros n’arrive plus à écrire, et un jour, il lui vient une idée subite pour un nouveau roman. Et il l’oublie. Le roman le suit dans sa quête pour faire resurgir cette idée.

Parlons de ton premier roman, Le potentiel érotique de ma femme, qui a eu beaucoup de succès. N’as-tu pas peur qu’il te catalogue dans un certain genre?
Non…c’est déjà bien d’avoir un romain qui a du succès (rires)!

Lors de ta conférence à la NYU, tu as dit que tu écrivais désormais des choses plus sombres. C’est une question de maturité?
Oui c’est vrai. Je travaille plus sur la mélancolie, la nostalgie et la sensualité maintenant. Il y a plus de gravité dans mon écriture. Mais ça ne m’empêche pas de faire de l’humour. Dans Nos séparations (ndlr: son dernier et septième roman), je suis resté dans la fantaisie, mais j’ai essayé aussi d’aborder les difficultés d’être à deux, le rapport à la sexualité dans le couple. C’est plus dense que mes précédents livres.

Tu as aussi beaucoup parlé du rapport entre ta réalité et tes romans. Tu as peur que l’on te prenne pour ce que tu n’es pas?
Oui je voulais rétablir un peu la vérité (rires)! Mais c’est vrai que tu mets tellement de toi dans la fiction que tu troubles ta propre identité.

Être un écrivain à succès, c’est un soulagement ou beaucoup plus de pression pour les ventes?
Non, je n’ai pas la pression de la réussite. J’ai la pression de faire mon livre (rires).

Maintenant que ton séjour aux États-Unis s’achève, est-ce que tu trouves que la littérature française a des choses à envier à la littérature américaine?
Je ne peux pas faire de généralités sur ce genre de sujet. Il y a des romans français formidables, il y a des romans américains formidables et j’admire beaucoup d’auteurs américains. Beaucoup ont un talent extraordinaire pour raconter. Si il y a quelque chose de très fort dans la littérature américaine, c’est ce souffle exceptionnel dans la narration.

New York et l’Amérique c’est une potentielle source d’inspiration pour toi?
Ça l’est depuis toujours! J’ai un humour qui s’inspire beaucoup de l’humour américain. Jerry Seinfeld est mon idole (rire)! Vraiment, il est génial! Et Woody Allen aussi…Pour Nos séparations, je décris une situation qui rappelle le film “Quand Harry rencontre Sally“. Voilà, je crois qu’il n’y a pas besoin d’être à New York pour être influencé par New York!

Retrouvez tous les romans de David Foenkinos:
Inversion de l’idiotie: de l’influence de deux Polonais,Gallimard, 2001.Prix François Mauriac.
Entre les oreilles, Gallimard, 2002.
Le Potentiel érotique de ma femme, Gallimard, 2004, prix Roger-Nimier.
En cas de bonheur, Flammarion, 2005.
Les cœurs autonomes, Grasset, 2006.
Qui se souvient de David Foenkinos?, Gallimard, sortie le 30 août 2007. Prix Giono.
Nos séparations, Gallimard, 2008.