De Wall Street au Tour de France

Son poste de banquier emporté par la crise en septembre dernier, Charles Kergaravat aurait pu rechercher un emploi. Au lieu de ça, le New Yorkais d’origine bretonne, vice président de l’association bretonne BZH New York, décide de se consacrer aux autres. En octobre, il se lance dans Vélo4Cure, un tour de France à vélo en solitaire pour soutenir la recherche contre le cancer. «On a tous un membre de notre famille ou une connaissance touchée par le cancer, souligne-t-il. Alors j’aurais pu rester chez moi regarder ESPN (la chaine de sport, ndlr) ou faire quelque chose.»

Contrairement à son père, quadruple vainqueur de la course New York – Montauk, le footeux de 32 ans membre des Merlus de New York n’est pourtant pas fou de petite reine. Son entourage accueille sa décision avec perplexité. «Naïf» pour les uns, incapable de passer «six heures sur une selle» pour les autres, Kergaravat a néanmoins la détermination d’un maillot jaune. «Un cycliste m’a dit : ‘le vélo c’est 50% de tête et 50% de jambes’, se rappelle-t-il. Je me disais qu’au niveau du mental, ca irait. Mais on n’est jamais à l’abri d’une tendinite. »

Deux semaines avant son départ, il trace son itinéraire sur une carte. Le village breton d’Elliant, où sa mère est née, ouvrira sa Boucle. Il passera par Rennes, Paris, Lyon, Montpellier puis Bordeaux, s’arrêtant dans des écoles et à l’Institut Curie, le centre de recherche contre le cancer. «J’ai essayé de suivre ma logique, indique-t-il. En commençant par le nord en octobre, je voulais éviter le froid. Je voulais finir par l’Atlantique parce qu’il fait moins froid en hiver.»

Le 4 octobre, Charles Kergaravat est en selle. Il pédale de villes en villages. Des moments de doutes, il en a eu. Avec 20 kilos de sacs et seulement 30 kms dans les jambes au départ de sa Grande boucle, il accuse parfois le coup, notamment sous une pluie battante entre Lyon et Nîmes. Malgré tout, il tient bon. «Quand tu es dans une côte, qu’il pleut et que tu es épuisé, tu ne peux pas dire ‘j’abandonne’, lance-t-il. Les malades eux ne peuvent pas dire ‘j’arrête’!» Une détermination qui aura même raison de son outil. Avec une roue défectueuse, son vélo le lâchera au milieu des Landes. «Le garagiste m’a dit : On ne peut rien faire pour toi !’ Il pensait que j’avais sauté sur le vélo.» Charles repartira de plus belle quelques heures plus tard pour rallier Elliant le 26 novembre.

Sur les 3 007 km parcourus, Charles Kergaravat récolte près de $4 000. Les fonds iront à LiveStrong, la fondation du cycliste américain Lance Armstrong. «Tu apprends tellement sur toi après une aventure comme celle-là. Tu prends conscience de tes possibilités, conclue-t-il. C’est pour ça qu’on est en vie, pour se lancer des défis.»

Le site de Vélo for Cure : http://velo4cure.net/
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