Des capteurs dans le vignoble

C’était jour de remise de prix lundi 10 novembre dans les salons de l’Alliance Française de Manhattan. Et le « Tout-New York » des chefs d’entreprise français s’y était donné rendez-vous pour découvrir le lauréat du Prix de l’Entreprenariat Dominique Mercier, un nouveau trophée destiné à récompenser un entrepreneur francophone de moins de 35 ans porteur d’un projet innovant aux Etats-Unis. A la clef, un chèque de 10 000 $, mais également un package de conseils stratégiques, juridiques et fiscaux estimés à 100 000 $. Le tout offert par des membres du Club 600, une association à l’origine de ce concours et qui regroupe des dirigeants d’entreprises français de New York.

Le gagnant 2008 s’est révélé être en fait un binôme, Sébastien Payen et Thibaut Scholasch, les cofondateurs de la start-up Fruition Sciences.
Installés en Californie, les deux Français y développent depuis un an un dispositif de surveillance de la santé d’un vignoble grâce à des capteurs posés directement sur les plantes. Les différents paramètres physiologiques de la sève sont analysés en temps réel et les actions préventives à mener, comme par exemple un réglage plus fin de l’irrigation, sont transmis au vigneron par le biais d’une interface web. “Le projet d’entreprise de Fruition Sciences s’est distingué par sa capacité à intégrer des nouvelles technologies et de l’innovation dans une industrie traditionnelle» a justifié Emmanuel Cargill, Vice President de Grand Marnier USA et président du jury Club 600.

Sébastien Payen et Thibaut Scholasch, cofondateurs de Fruitition Sciences
Le principal atout de Fruition Sciences, c’est avant la complémentarité de ses deux fondateurs. Sébastien Payen (31 ans), polytechnicien, est arrivé à Berkeley il y a 7 ans pour réaliser un Ph.d sur les micro-capteurs en plastique… et n’en est jamais reparti. De son coté, Thibaut Scholasch (34 ans), diplômé de SUPRAGO en agronomie et en œnologie, est sur le point de finir une thèse en viticulture à l’INRA Montpellier tout en poursuivant des activités de consultant auprès de grands vignobles américains. Leur rencontre en Californie «où l’on est vite gagné par l’esprit d’entreprenariat» explique Sébastien Payen, a donné naissance à un produit «sans équivalent sur le marché».

Fruition Sciences qui compte déjà cinq clients en Californie et un en Espagne, ne compte pas s’en tenir là. «Dans les prochains mois, nous allons démarcher d’autres grands vignobles aux Etats-Unis, mais aussi en Amérique du Sud et en Europe» ajoute Sébastien Payen. Autre axe de développement pour la start-up: adapter sa technologie à d’autres cultures à forte valeur ajoutée, comme par exemple celle des agrumes ou du café.

Les finalistes

En finale de ce Prix de l’Entreprenariat, Fruition Sciences était en lice avec deux autres jeunes entreprises prometteuses.
La première, Codage, a pour ambition de développer une nouvelle marque de produits de beauté naturels et «personnalisés» aux besoins de chaque client, en s’appuyant sur le savoir-faire traditionnel français en matière de cosmétique et de pharmacie. Installée à New York, Codage a été fondé par un frère et une soeur, Julien et Amandine Azencott.

La dernière entreprise finaliste s’appuie elle aussi sur une autre spécialité française: la restauration. A 23 ans, Nicolas Jammet, a en effet ouvert à Washington un bar à salades ne servant que des produits bio. Le succès a été tel que Nicolas Jamet, – dont les parents ont longtemps tenu un restaurant français à New York, – a désormais le projet de multiplier le concept de Sweetgreen à travers tous les Etats-Unis.

Pour Ariane Daguin, fondatrice de Dartagnan et présidente du Club 600, cette première édition du Prix de l’Entreprenariat, a été un plein succès. L’opération sera donc reconduite tous les ans. «Nous espérons que ce concours permettra l’éclosion d’une nouvelle génération d’entrepreneurs» a-t-elle déclaré.

La réception des candidatures pour le prix 2009 débute en janvier prochain sur le site du Club 600.