Des fiançailles chez Tiffany à la crise de nerfs à JFK

22 H15 mercredi soir, Jean-Christophe et Anne-Sophie  appuient tout doucement sur le buzzer de la famille qui les accueille à New York pour leur venir en aide. Il sont  très gênés et épuisés. Les voilà revenus bredouille de JFK, après une nouvelle journée d’attente et d’angoisse. “Ca s’est joué pour nous à 7 places”  explique ce médecin de 35 ans. L’émotion se lit sur ses lèvres. Il se passe la main dans les cheveux. «A l’aéroport tout le monde craque. Les gens n’en peuvent plus. C’est la désorganisation totale. On fait la queue, on a un numéro, on nous promet qu’on est sur la liste d’attente  du prochain vol mais ce n’est pas vrai. En fait , c’est la loterie. On se sent exactement comme devant le tableau d’affichage des  résultats d’un examen quand on fait l’appel des reçus et des recalés  ».

Cette  nuit avant de retenter sa chance, Jean-Christophe s’est vu courir sur un tapis roulant avec ses bagages, en sueur. Sisyphe en Amérique ! C’était un cauchemar. Un vrai. Anne-Sophie elle aussi est au bout du rouleau  :  « On a tout essayé. On a même fait semblant de pleurer pour essayer de les attendrir mais ça n’a rien changé ».

Le terminal 4 de JFK s’est transformé  en un camp de passagers en attente. Des lits de la Croix-Rouge  traînent par terre. Plusieurs couvertures abandonnées  recouvrent les banquettes. Les cris de joie de ceux qui partent se mêlent aux pleurs des sans-retours. Jean-Christophe n’en revient pas : « Cela fait plusieurs jours qu’une famille devant nous attendait de repartir en France. En 5 minutes,  une hôtesse leur  a dit, c’est bon, dépêchez-vous, nous avons 4 places! Ils étaient 5…. La maman est donc partie avec ses 3 enfants en laissant son mari à New York. Même chose pour un couple qui a été séparé.  On a vu aussi une famille obligée de dormir à l’aéroport qui s’est  fait voler ses bagages. On traite les gens un peu comme du bétail ».  Comme souvent, l’argent peut faire la différence. Jean-Christophe est allé voir sur internet. Il devait repartir vendredi dernier. Pas de vol à cause du nuage. Puis lundi, aucun avion, espace aérien européen fermé. Puis mercredi. Plus de place. « En cherchant sur le site de Swiss Air, notre compagnie, j’ai trouvé des places, en first class ou en business. A 5000 Euros. Certaines  à 9000 Euros ! ». Devant eux, au comptoir, une maman et sa fille  ont  versé 10 000 dollars pour pouvoir partir dans le prochain avion. Ils ont embarqué et sont aujourd’hui en Suisse. Avec d’autres français desespérés par cette situation, ils en sont même  allés jusqu’à évoquer un départ en bateau. “Trop long et trop cher” concède Anne-Sophie, psychologue dans un village sur les hauteurs lyonnaises. « On était vraiment  prêts à tout pour regagner la France ».

Grâce à la solidarité de la communauté  française de New York, Jean-Christophe et Anne-Sophie ont économisé  2 nuits d’hôtel. Mais la facture est lourde. Au moins 1000 dollars de surcoûts, sans compter la semaine de consultations perdues et  les charges du cabinet médical qu’il faut payer.  En voulant régler  le taxi, de retour de JFK, la carte bancaire a été refusée. « On arrive au bout » reconnaît Jean-Christophe. Philosophe, il ne souhaite retenir que le meilleur de son séjour.  “C’était notre voyage de fiançailles, une surprise totale.  J’avais tout  organisé. En arrivant,  j’ai amené Anne-Sophie devant chez Tiffany’s. A l’entrée, elle a compris. J’avais réservé une bague, nous sommes ensuite allés prendre le thé au Plaza”. Sa future femme porte le joli diamant rectangulaire au doigt. “Nous aurons vécu 2 moments très différents. Le  bonheur d’abord puis la galère. Dans ma tête j’essaie  vraiment de séparer les choses.  Maudit nuage !”