Des Hommes et des Dieux, le César du meilleur film à New York

Sorti dans les salles françaises le 8 Septembre dernier, Des Hommes et des Dieux a fait l’unanimité, à la fois auprès de la critique, mais aussi auprès des spectateurs, en enregistrant plus de trois millions d’entrées.

Le film, qui va cette fois tenter de conquérir le public américain, était pourtant loin d’être prédestiné à un tel succès. D’autant plus vu la teneur de son sujet, à savoir les dernières années de la vie de sept moines cisterciens dans les montagnes de l’Atlas, avant leur enlèvement en 1996 par un groupe d’islamistes. En pleine guerre civile algérienne, les prieurs de Tibhirine vont se retrouver malgré eux face à un dilemme, celui de rester ou de partir, de se sacrifier ou non pour leur foi.

Pour retranscrire aussi fidèlement que possible l’esprit de la vie cistercienne, le film a nécessité, en amont, un travail de documentation approfondi. L’étude des écrits des moines a notamment permis une reconstitution de leur vie quotidienne, le tout dans une «esthétique simple et épurée », à l’image de celui de Xavier Beauvois considère comme son maître absolu, Clint Eastwood.

Lambert Wilson, déjà passionné de religion, nous confie avoir lu énormément sur son personnage, le père Christian de Chergé, guide de la communauté. Mais pour lui, la « clé » du film, c’est indéniablement le chant. Pour se mettre dans la peau de ces moines, qui chantent pas moins de quatre heures par jour tous les jours, les acteurs ont du suivre un entrainement intensif. Lambert Wilson raconte : « J’étais l’un des plus doués, j’ai déjà joué dans des comédies musicales… mais là c’était différent, il fallait chanter avec une voix intérieure, seulement destinée aux autres moines ». La seule musique profane de la bande originale, Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski, accompagne l’une des scènes finales, une réinterprétation de la cène dans laquelle « les moines deviennent des dieux tout en restant encore des hommes », analyse Xavier Beauvois.

Lambert Wilson n’hésite pas à l’affirmer: Des Hommes et Des Dieux reste l’une de ses meilleures expériences au cinéma, bien au-delà de tout ce qu’il a pu jouer auparavant. Lui qui se définie comme un « croyant hors des dogmes » partage avec son personnage le goût d’un mode de vie au ralenti, comme hors du temps : « Je suis un peu un moine dans le fond! » avoue t-il. Une véritable « bouffée d’oxygène dans un monde où tout va trop vite », à laquelle le public n’a pas été insensible : pour la première fois, les spectateurs ne l’ont pas félicité pas, mais l’ont remercié, les larmes aux yeux.

Des Hommes et des Dieux, malgré son issue tragique, s’affirme surtout comme une ode à la paix, une raison d’espérer. Il y est moins question de foi que de liberté, de tolérance ou encore d’altruisme. Des valeurs universelles qui pour Xavier Beauvois font particulièrement écho dans une France en besoin de réconciliation. Certes il ne s’agit pas de son but premier, mais lui et Lambert Wilson espèrent que le film pourrait faciliter le dialogue entre les religions. On finirait presque par croire ces deux grands optimistes.

 

Of Gods and Men : diffusé au Landmark Sunshine Cinema (143 East Houston St.) et au Lincoln Plaza Cinemas (1886 Broadway)