Désir sexuel vs désir d’enfant

«Travailler (et s’amuser) maintenant, concevoir tardivement ». Voici résumé en quelques mots le rêve ultime des carriéristes qui occupent la ville. Les Français n’échappent pas non plus à la tentation de remettre à plus tard la construction d’une famille. D’autant plus qu’elle nécessite ici un budget conséquent. L’expatrié est lucide : « On ne m’a pas fait venir pour que je fasse des enfants !» Et culpabilise : « Je coûte déjà assez cher comme ça !» Mais quand enfin les conditions matérielles et affectives sont réunies, le bébé n’est pas toujours au rendez-vous. C’est alors une réelle épreuve pour le couple qui veut et n’arrive pas à en avoir. En un coup, chaque mois qui passe effraye et précipite le recours à une aide médicale. Pendant ce temps, sous la couette, comment désir sexuel et désir d’enfant vont-ils s’allier?

«On s’était pourtant dit qu’on laisserait les choses se faire sans se prendre la tête. Mais c’était plus fort que moi, je ne pouvais pas m’empêcher d’espérer une grossesse à chaque fois qu’on faisait l’amour» commence-t-elle. En arrêtant sa contraception, sa  sexualité a pris une dimension radicalement différente. D’un coup, elle est chargée de réaliser ce projet, de répondre à cette attente, d’être à la hauteur de ses espérances. « Très vite, on a fini par avoir des rapports sexuels qu’autour du 14ème jour (NDLR, Le 14ème jour après la date du premier jour des règles n’est pas nécessairement le jour de l’ovulation. La période entre les règles et l’ovulation est très variable d’une femme à l’autre et d’un cycle à l’autre. Seule la période entre l’ovulation et le retour des règles est invariable, de 14 à 16 jours). En fait, qu’on en ait envie ou non, reprend-t-elle. Ce projet d’enfant a rapidement cassé la spontanéité du désir sexuel » rajoute-t-il. La sensualité ayant progressivement disparue, il ne reste que la peur de  la déception quand le sang reviendra comme chaque mois. Paradoxalement, plus l’infertilité dure, moins le couple va s’unir. « On se sent seul, incapable d’en parler autour de nous. Ca rendrait triste nos parents, par exemple et je crains qu’ils en profitent pour nous reprocher nos choix de vie, partagent-ils. A l’annonce d’une grossesse ou d’une naissance, j’ai envie de pleurer, d’hurler ma peine mais je me tais et félicite poliment». En s’enfermant dans le silence, ils se privent de la compassion, du soutien et de la bienveillance de ceux qui les aiment. Ils sont alors envahis par un sentiment d’injustice : « Pourquoi ça nous arrive ? Qu’est-ce que les  autres ont de plus que nous ? On a réussi à faire des choses bien plus compliquées dans notre vie ! C’est quand même un comble de ne pas savoir faire un bébé, non ? ». Et pourtant,  la majorité des couples a vécu cette expérience  même si ils sont aujourd’hui des parents heureux. Le « un enfant quand je veux », c’est une idée, pas la réalité.

Statistiquement, les femmes de 20 ans ont 25 % de chance d’avoir un enfant chaque cycle. A 35 ans, cette probabilité passe  à 12%, pour terminer à 6% vers 40 ans. Autrement dit, l’âge de la mère a une influence considérable sur sa fertilité. Le désir de maternité s’exprimant de plus en plus tard, le délai moyen d’attente pour concevoir un enfant augmente lui aussi. De leur côté, les hommes ont vu la qualité de leur sperme indéniablement diminuer ces dernières années, plus encore dans les grandes villes. Les hypothèses explicatives varient mais les faits sont là. A ceci s’ajoute  les différents dysfonctionnements de l’appareil reproducteur. On comprend donc pourquoi un couple sur cinq consultera pour des problèmes d’infertilité. Vient alors une période de tests médicaux comme le recueil de sperme par masturbation, une abstinence imposée puis des rapports programmés. Cette introduction de l’équipe médicale dans l’intimité sexuelle entraîne souvent un manque de désir, une absence de plaisir, l’apparition de troubles de l’érection ou de l’éjaculation. Une épreuve de plus à traverser avec amour et humour tout en s’accordant des « breaks » (week-end ou petit voyage en amoureux) pour se retrouver.

Dans le cabinet médical, la sentence est tombée pour ce jeune couple : « vous n’aurez jamais d’enfant naturellement ». Après le choc de l’annonce « on a accepté que l’enfant viendrait différemment et notre sexualité est redevenue ainsi un moment de plaisir partagé ». Mais pour essayer ensuite de comprendre les causes, chacun est forcé de se remettre en question. Il faut revisiter son histoire personnelle, ses problèmes de santé passés, les fondements de ses désirs… Les placards ainsi ouverts, on y trouve nécessairement des cadavres. On a vite fait d’accuser l’autre et de lui dire « si on en est là aujourd’hui, c’est à cause de toi ! ». Pour ceux qui espéraient qu’un enfant arrangerait les choses entre eux, leurs chemins se sépareront probablement. Pour les autres, ils reconnaissent que c’est parce qu’ils s’aiment qu’ils ont cette espérance de porter du fruit. Les voilà amenés à s’aimer davantage en accueillant les fragilités de chacun,  plaçant l’amour et non l’enfant comme le but du couple humain.

Visiter le site de Thérèse Hargot-Jacob ici

Avertissement: Thérèse Hargot-Jacob est sexologue à New York. Ses chroniques sur French Morning s’inspirent de sa pratique professionnelle, mais les témoignages individuels qu’elle rapporte sont modifiés de manière à préserver l’anonymat de ses clients. Ce qui se dit dans son cabinet reste dans son cabinet!