DiaBeacon: l’art à la campagne

27 ! J’ai bien compté, Beacon est la 27e station après Grand Central ! C’est, par conséquent, muni de quelques nourritures littéraires (les 590 pages du dernier roman de Tarun J Tejpal, « Histoire de mes assassins ») que je me suis embarqué lundi dernier dans un train matinal de la Metro-North Railroad desservant l’Hudson Line, en direction de Poughkeepsie, avec arrêt à Beacon après 85 minutes de trajet !

Si je vous dis que le roman en question n’a pas quitté mon sac à dos, vous n’êtes pas obligé de me croire, mais c’est pourtant la vérité. Et ce n’est pas par fainéantise. J’ai tout simplement eu la chance de faire le trajet sous un grand soleil d’hiver et ce fut un vrai bonheur de rester à l’aller comme au retour, collé à la vitre pour profiter du paysage.

En effet, comme son nom l’indique, l’Hudson Line, après avoir quitté l’agglomération new yorkaise, suit très précisément le cours du fleuve. De si près, d’ailleurs, que depuis le wagon, on a parfois l’impression que le train a les roues dans l’eau ou plutôt, cette semaine, dans la glace. Car, outre le fait de découvrir la vallée de l’Hudson de façon beaucoup plus confortable que sur la route, à cette saison, neige et glace rendent les paysages absolument somptueux.

J’ignore s’il s’agit d’un fait exceptionnel ou non, mais, cette semaine, à partir de Tarrytown, certaines parties du fleuve était complètement gelée, me rappelant ainsi quelques images du fleuve Saint-Laurent, à Québec, au cœur de l’hiver. En tout cas, c’était somptueux et je ne saurai trop vous conseiller de ne pas attendre le printemps pour remonter l’Hudson. De surcroît, si comme moi vous appréciez les ambiances « hors saison », vous serez comblé.

Sur les berges, les bateaux sont emballés de bâches protectrices, les pontons sont désertés et les pêcheurs au chaud.
Bref, je n’ai pas vu le temps passé et me suis finalement assez vite retrouvé à Beacon, surtout, pour être tout à fait franc, que sur la première partie du parcours le train « run express » et, par conséquent, les 27 stations relevées sur le timetable de la MTA ne représentent pas autant d’arrêts.
Après cinq à six minutes de marche depuis Beacon station, le trajet est fléché, me voilà devant une ancienne usine Nabisco transformé, depuis quelques années, en Musée d’art contemporain.
Il faut être à l’intérieur du bâtiment industriel pour en apprécier la beauté et la pertinence.
Quel Musée, à Manhattan, pourrait consacrer autant d’espace aux œuvres, pour la plupart monumentales, d’une vingtaine d’artistes talentueux ? Oui, les salles d’exposition présentent ici des dimensions grandioses et il faut bien cela pour pouvoir héberger les impressionnantes structures de Richard Serra (peut-être avez-vous déjà vu certaines de ces œuvres en Europe, au Guggenheim de Bilbao), la très belle étude sur les ombres d’Andy Warhol ou encore, par exemple, l’œuvre  de Michael Heizer constituée par d’énormes trous carrés, ronds et rectangulaires creusés dans le sol du Musée.
24 artistes ont les honneurs de Dia Beacon et parmi ceux que nous n’avons pas encore cités, il y a, entre autres, Louise Bourgeois et le peintre allemand Imi Knoebel (voir photo ci-contre de ces 24 couleurs).

Près de 500 000 visiteurs se sont déjà rendus à Dia Beacon depuis son ouverture en 2003. Le Musée présente sur 240 000 square feet, c’est énorme, une collection d’œuvres contemporaines couvrant une période qui va de 1960 à nos jours.
Plus que la quantité, il semble que ce soit le parti de la qualité qui ait été pris.
Si un couple de visiteurs m’a exprimé une certaine frustration de ne pas pouvoir voir un plus grand nombre d’œuvres, il était tout de même assez impressionné par le niveau des œuvres présentées, à juste titre.
Dia Beacon est, en résumé, une belle destination non seulement pour les amateurs d’art contemporain, mais également pour tous ceux qui, sans être des initiés, souhaitent se confronter à des œuvres relativement accessibles.
Et vous l’aurez compris, l’éloignement de Manhattan n’est, finalement, pas un problème. Inutile de vous charger en bouquins pour le trajet.

Comment y aller ?
En train : MTA Metro North Railroad, Hudson Line direction Poughkeepsie jusqu’à Beacon (1h25 de trajet) puis cinq à six minutes de marche à pied, direction parfaitement bien indiquée, pour arriver devant l’imposante ancienne usine Nabisco, sur les bords de l’Hudson.
En voiture : Prendre le niveau supérieur du George Washington Bridge puis la Palisades Parkway North jusqu’à sa fin. Au rond-point, prendre la 6East/202 qui traverse le Bear Mountain Bridge, ensuite 1e à gauche, suivre la Route 9D North jusqu’à Beacon.
Après être passé devant Beacon City Hall, tourner à gauche sur Beekman Street. Après 5 miles, l’entrée du parking du Musée se trouve sur la droite. Elle est immanquable.
Temps de trajet moyen depuis Manhattan : 80 minutes

Quels horaires ?
Jusqu’au 12 avril, 11heures – 16 heures du vendredi au lundi inclus.

Le site Internet ?
www.diabeacon.org

Où se restaurer ?
Le Musée possède une cafétéria qui propose des plats et boissons chauds et froids. Prix corrects ;
Sinon, il faut retourner au village où plusieurs restaurants sont sur Main Street. Ne vous attendez pas à de la haute gastronomie.
Pas de coffee shop à la gare, il semble qu’à cette saison elle soit fermée, à moins que ce soit définitif.

Où dormir ?
Quelle idée ! Vous n’avez pas le choix. Retour à la maison.

Un dernier conseil ?
Afin de profiter pleinement de la beauté des paysages de la vallée de l’Hudson, pour le retour, prenez le train de 15h57. À cette saison, coucher de soleil pendant le trajet.
D’autre part, dans le train, à l’aller choisissez un siège du côté gauche du wagon et au retour du côté droit afin d’avoir la vue sur le fleuve.