Du 11 septembre à l’amitié franco-chinoise

Depuis le 12 juin 2008, Dening Lohez est citoyenne française. Par fidélité posthume avant toute chose. Le 11 septembre 2001, elle n’était mariée à Jerôme Lohez que depuis trois ans, trop peu pour espérer obtenir la nationalité française. Le soutien de Jean-David Lévitte, l’ancien ambassadeur à Washington devenu conseiller de Nicolas Sarkozy, a eu raison des résistances bureaucratiques.

Des histoires de papiers, comme tous les expatriés et immigrants, Dening et Jerôme en ont connues beaucoup. Ils s’étaient rencontrés pendant leurs études, dans le New Jersey. Jérôme Lohez, ingénieur en informatique, y était dans le cadre d’un programme d’échange entre son école, EPITA, et le Stevens Institute, à Hoboken. Dening, américaine, née de parents chinois, était étudiante dans la même université.

A l’été 2001, après l’avoir longtemps attendue, Jérôme Lohez avait reçu sa carte verte. Enfin libre d’entrer et de sortir du pays, il était parti avec Dening en France. Le 9 septembre, tous deux étaient rentrés, ravis de retrouver “ce ciel new-yorkais si bleu”. Le 11, Jérôme était dans son bureau de NexxtHealth, une filiale de compagnies d’assurance pour laquelle il travaillait sur un logiciel, au 23ème étage de la tour Nord du World Trade Center. Dening était, elle, dans son bureau du New Jersey, sur l’autre rive de l’Hudson River; un bureau d’où elle allait voir s’effondrer les tours, tout en cherchant frénétiquement à joindre Jérôme sur son portable.
Huit mois plus tard, Dening apprit que “des parties du corps” de son mari avaient été identifiées.

Très vite, Dening a décidé qu’elle devait faire quelque chose pour honorer la mémoire de son mari. Grâce à l’assurance-vie de Jérôme et à une donation que ses grands-parents lui avaient faite, elle a d’abord distribué des bourses à l’Institut Stevens avant de créer, en 2005, la Jerôme Lohez Foundation. Elle distribue des bourses à de jeunes américains partant étudier en France et à de jeunes Français faisant le voyage inverse.

Huit ans après le 11 septembre, Dening souhaite maintenant élargir ses horizons aux relations franco-chinoises. Désormais Française, elle veut, dit-elle, “aider les Chinois à mieux comprendre les Français, notamment leur intérêt pour les droits de l’homme”. Un intérêt qui n’a rien d’abstrait pour elle: ses parents, chrétiens, ont quitté la Chine pour les Etats-Unis afin de pouvoir librement pratiquer leur religion. “En renforçant les relations entre jeunes des deux pays, on peut aider à sortir de cette attitude actuelle d’incompréhension, où d’un côté on crie “droits de l’homme” et de l’autre “souveraineté””.

L’association sera basée à Paris, mais porte un nom anglais, “Renew”, comme dans “renouveler l’amitié franco-chinoise”, dit Dening Lohez.