Du brie dans le cerveau

Vous vous souvenez de Mitt Romney, le candidat républicain à la présidentielle, qui pensait qu’il se rendrait populaire en tapant sur les Français ? « L’animosité américaine contre les Français est apparemment si forte, au moins parmi les électeurs des primaires du parti républicain, qu’elle a survécu même si les sondages montrent que plus d’américains sont d’accord avec le président Jacques Chirac qu’avec le président Bush : la guerre en Irak était une erreur. » remarque Peter Canello du Boston Globe. Ah! The French. Those fussy, arrogant, cheese-eating, wine-drinking snobs.

Se payer la France est devenu depuis un classique de comédie, poursuit-il, relevant que dans le film Talladena Nights le pilote automobile français conduit une voiture avec un logo Perrier tandis que les bolides américains portent des pubs de bière. Au point qu’on pourrait oublier à quoi remonte ce mépris. Et de revenir sur Villepin qui appelait à des inspections en Irak un mois avant l’entrée en guerre américaine. « Vu la réputation arrogante du gouvernement français, on aurait pu s’attendre à ce qu’il nous fasse un pied de nez maintenant. Au lieu de quoi Chirac a réaffirmé son soutien aux Etats-Unis et le candidat le mieux placé pour le remplacer à la présidence appelle ouvertement à de meilleures relations transatlantiques. » Finalement, conclut Peter Canello, en faisant de la France un épouvantail de campagne, « ce n’est pas vis-à-vis des Français que Romney se montre condescendant : il l’air de penser que les électeurs des primaires du parti républicain ont du brie à la place du cerveau ».

Quant à l’autre présidentielle, le New York Times note en France l’entrée en course sérieuse d’un troisième candidat « ni, ni » qui s’est fait une place « entre une socialiste nourricière et un conservateur chasseur de crime. » Alors que les électeurs indécis n’ont en 25 ans jamais été aussi nombreux à ce stade d’une campagne présidentielle, le quotidien note que « la stratégie (de Bayrou) a l’air de marcher, en partie à cause de la désillusion croissante qu’inspirent les deux grands candidats ». « Le plus curieux à propos de cette rapide ascension de Bayrou, c’est qu’il est dans le paysage depuis longtemps », il a même, contrairement à Sego et Sarko, déjà été candidat.

Mais Bayrou, à en croire le New York Times « a encore beaucoup à apprendre sur la façon dont on mène une campagne ». Sa correspondante Elaine Sciolino a remarqué qu’il avait du mal à « cacher son ennui en écoutant des explications obscures sur les utilisations industrielles du bois » à une table ronde à Epinal. « Il s’est gratté l’oreille gauche avec son crayon, s’est affalé sur sa chaise, a baillé et a appuyé sur des boutons de son téléphone portable… » Il est quand même intervenu. Pour corriger la prononciation de son nom : “bye-roo” comme on dit dans le Béarn, et pas “bay-roo” comme le disent les Parisiens. En discutant avec la journaliste, il s’est montré « particulièrement fier de sa biographie du populaire roi Henri IV, « c’était un best seller énorme, un best-seller ! » a-t-il dit dans l’avion ».

Sachez encore que Bayrou se définit comme un « Clintonien ». S’il vivait aux Etats-Unis, il s’installerait dans le Montana et il voterait pour Al Gore en 2008. Mince alors, voter pour un candidat qui ne se présente pas dans un Etat dont les grands électeurs ne sont pas disputés, si c’est pas un sens de la troisième voie…

En 1997 quand Jean-Cyrill Spinetta, a repris les rênes d’Air France, même les Français ne croyaient plus en leur compagnie aérienne. Pour casser une spirale de grèves et de pertes, « il a dû convaincre des employés français parmi les plus sauvagement militants et leurs syndicats qu’ils avaient tout à gagner à un partenariat avec le management, et tout à perdre en étant adversaires ». « En France ? Bonne chance. » ajoute en français in the text l’article de Time Magazine. Et pourtant aujourd’hui « les employés d’Air France sont moins grincheux (ils restent français quand même) et la compagnie récolte les fruits d’une paix sociale et s’envole dans les cieux. » Ce  « sale gosse notoirement dysfonctionnel des transports aériens a gagné 1,2 milliards de dollars pour l’année fiscale se terminant en mars 2006 (…) et $1,62 milliards pour les trois premiers trimestres de celle-ci». Spinetta a trouvé une troisième voie, en consultant les employés d’air France (le personnel a donné son avis sur les tenues Christian Lacroix du personnel de bord) et il a signé des accords de travail qui laisseraient des managers américains sans voix.

Mais les employés d’Airbus, eux, manifestent, rapporte le New York Times. L’annonce des licenciements a conduit « les hommes politiques (français) à faire des offres concurrentes d’intervention de l’Etat pour sauver des emplois, malgré les efforts des responsables d’airbus pour résister au interférences du gouvernement dans le management de l’entreprise ». Le quotidien fait remarquer que le gouvernement allemand lui n’y met pas le nez.

« La mort de Baudrillard n’a pas eu lieu », « Baudrillard n’a pas existé »… En relevant ses « étranges messages sur Internet », la nécro publiée par le Los Angeles Times précise qu’il s’agit «d’éloges dans l’esprit du gourou de la pensée post-moderne, qui a eu une influence énorme sur les artistes et écrivains contemporains», incluant les auteurs des films « The matrix » (dans l’un d’eux, Keanu Teeves tient « Simulacre et simulation »). On notera au passage que le cultissime Baudrillard était aussi un « petit homme rond authentiquement français dans son amour des cigarettes et du vin à la mi-journée ».