Du Sofitel à Rikers Island

Après deux nuits aux mains de la police à la «Special Victims Unit», sur la 124e rue à Harlem, une unité spécialisée dans les agressions sexuelles, Dominique Strauss-Kahn a dormi à Rikers Island, la version new-yorkaise d’Alcatraz dans le Queens. Il a dormi dans une cellule individuelle, après un frugal repas constitué d’un sandwich au cheddar.

Lundi, la juge Melissa Jackson a refusé de libérer DSK moyennant une caution d’un million de dollars, deux jours après son arrestation à l’aéroport Kennedy de New York alors qu’il se trouvait dans un avion en partance pour Paris.

Hier devant la salle du tribunal sur 100 Center St, dans le bas de Manhattan, des centaines de journalistes, photographes, cameraman faisaient le pied de grue derrière les barrières sous la pluie. Derrière, des rangées de tentes pour les direct des chaînes de télévision. Les médias du monde entier étaient là pour voir la juge ordonner son maintien en détention.

Matthew Galluzzo, un avocat de Wall Street qui a assisté à l’audience est surpris de la décision de la juge de ne pas lui accorder caution (remend). Celle-ci a refusé (même avec bracelet) craignant qu’il sorte du pays. La défense de Dominque Strauss-Kahn a proposé qu’il remette son passeport à la justice et qu’il s’engage à résider à New York chez sa fille. Rien à faire.

Strauss-Kahn est visé par sept chefs d’accusation, dont acte sexuel criminel, tentative de viol et séquestration, à la suite des accusations d’une femme de chambre de 32 ans, employée à l’hôtel Sofitel sur la 44ème rue.

Dans cet hôtel luxueux du groupe Accor où descendent beaucoup de Français, l’ambiance était encore à la stupeur samedi soir. Tandis que la «Crime Scene Unit», la police d’investigation et la police de New York (NYPD) est à pied d’oeuvre pour enquêter dans la chambre 2806, au Gaby, le bar de l’hôtel, des touristes de l’hexagone apprennent la nouvelle par la télé derrière le bar allumée sur Fox News. Stupeur quand apparaît sur l’écran une photo de DSK et des images de l’hôtel.  «C’est énorme! On remonte dans notre chambre regarder les infos», dit ce couple de Français qui explique qu’ils ont vu la police plus tôt dans le lobby sans savoir pourquoi. «Il n’arrêtera jamais!» lâche ce Normand.

Grand Jury

Dominique Strauss-Kahn fait maintenant face à un long processus judiciaire. Il doit désormais attendre la décision du “Grand Jury”. Celui-ci, composé de seize à vingt-trois grand jurés tirés au sort parmi les électeurs de New York,  va décider si les preuves sont suffisantes pour  pour l’accuser formellement. Il aura le droit de témoigner devant le Grand jury s’il le souhaite, mais en général on choisit de ne pas parler. Dans ce cas, le patron du FMI comparaîtra devant la Cour suprême de l’Etat de New York pour se faire signifier officiellement son inculpation, et un juge sera chargé de composer un jury pour le procès. Le procès formel “trial” peut prendre plusieurs mois avant de démarrer. Ce soir, DSK devrait passer sa deuxième nuit à  Rikers Island.