Flower Power

Ne vous attendez pas à voir beaucoup de fleurs dans ses boutiques ; elles sont au frigidaire. «Mon business, ce n’est pas « on-rentre-on-achète »; ce sont des gens qui téléphonent et me font confiance. L’Américain ne rentre pas dans une boutique de fleurs: il fait livrer», explique Olivier Guigni. Cela sonne comme une évidence; de même les fleurs à l’air libre, c’est dans les Delis.

En entrant dans la boutique sur la 14ème rue, on se sent davantage dans une galerie d’art que chez un fleuriste. Au bout, un jardin privé baigné de soleil avec une table en teck, des tabourets en pierre, et une statue de Buddha; un havre zen dans ce quartier vibrant de Downtown.

La véritable philosophie d’Olivier Guigni est le travail. Il fait les arrangements floraux pour le Carlyle Hotel (toutes les chambres), le restaurant étoilé Daniel (toutes les tables). En avril, il a fait le décor du gala ASPCA organisé au Plaza et qui a rassemblé le gratin la mode. Le mois de juin est très pris par les mariages, avant les mois de juillet et août plus calmes lorsque les clients d’Olivier Guigni prennent leurs quartiers d’été dans les Hamptons. Il y a ensuite les clients particuliers comme Madonna, Sigourney Weaver et la chanteuse d’opéra Renée Fleming. Côté français, il y a François-Henri Pinault, quand il est en ville. L’entreprise emploie 40 personnes. «C’est une petite entreprise sympathique mais il faut s’en occuper comme l’on s’occupe d’un enfant», dit Olivier.

A propos des différences culturelles des deux côtés de l’Atlantique, il explique : «Les fleurs, c’est un luxe. En France, on n’aime pas montrer les dépenses, c’est plus conservateur. C’est au contraire inhérent à la «social woman » américaine. » Quant aux goûts, les bouquets ont tendance à être plus volumineux ici, big is beautiful. Les prix commencent à $85 pour un bouquet de «table de nuit» (le terme est suffisamment explicite, dit Olivier en souriant) pouvant aller jusqu’à  $1500 pour certains arrangements.

Les aventures d’Olivier Guigni commencent à Brignoles dans le Var (là où Angelina Jolie est sur le point de donner naissance à ses jumeaux). Enfant, Olivier avait déjà la main verte, on lui disait alors qu il serait fleuriste. «Je n’aimais pas le mot « fleuriste » : comme « coiffeur », ça ne sonnait pas bien pour moi». On lui disait aussi qu’il serait mannequin. Avec ses traits fins, son nez aquilin, ses yeux clairs, il aurait certainement pu faire carrière.

Le jeune homme indécis monte à Paris et trouve un travail au marché Saint-Pierre sur la butte Montmartre. C’est les années 70, la mode est aux tissus en poil de bête sur les sièges des voitures. Il vend ce tissu au mètre et déteste son travail. Il se décide enfin à travailler les fleurs mais échoue au rayon funéraire à faire les bouquets de deuil, dans le sous-sol d’un fleuriste.

A cette époque, il s’entoure déjà d’artistes et l’actrice Micheline Dax, l’une de ses amies, repère une petite annonce dans le Figaro pour la boutique Maxim’s Fleurs, rue Royale. «Je suis arrivé pour l’entretien avec mon costume Yves Saint Laurent acheté en soldes, dans le bureau de Pierre Cardin, Place Beauvau,” se souvient Olivier.

«- Savez-vous faire des bouquets ?, demande Pierre Cardin. Non.Que savez-vous faire ? Rien. C’est très honnête, vous commencez demain.»

Ce fut une révélation ; la boutique à l’origine dédiée aux fleurs du restaurant éponyme devient connue. Olivier crée un style : il remplace les fougères qui priment à l’époque par des feuilles exotiques.

Quelques années plus tard, Pierre Cardin l’envoie à New York pour une boutique Maxim’s Fleurs dans l’Upper East Side, également adjacente au restaurant Maxim’s, qui a fermé depuis.

Olivier ouvre sa première boutique en propre il y a 16 ans située dans l’Upper East Side, dans un townhouse avec cour. Il importe ses roses et fleurs exotiques d’Amérique du Sud, les pivoines de Californie, les tulipes, le muguet et les lys de France. Pour les branches et les fleurs sèches, il va dans le «flower district» sur la 27e rue entre la 6e et la 7e Avenue. Il est interdit d’importer cette dernière catégorie à cause des risques d’insectes. Ses fleurs favorites sont les Iris d’eau car cela lui rappelle les motifs sur les meubles Majorelle de Maxim’s.

A 48 ans, Olivier Guigni n’est pas prêt de s’arrêter. Il a récemment créé une bougie L’Olivier avec le jeune parfumeur à la mode Heeley et il prépare un beau livre qui aura des éléments d’autobiographies, révèle l’attachée de presse. Ce perfectionniste a une angoisse: le jour ou une composition ne plait pas au client. Tout doit être impeccable, comme son costume Yves Saint Laurent, le jour de son premier entretien avec Monsieur Cardin.

L’Olivier Downtown
213 W. 14e rue, près de la 7e Avenue ; 212-255-2828
L’Olivier Uptown
19 East 76e rue, près de la 5e Avenue  ; 212-774-7676

Photos Stéphanie Benedicto