Pourquoi le football américain a-t-il du mal à s’exporter ?

De toutes les habitudes américaines, s’il y en a une que les Français ont du mal à comprendre, c’est bien le football américain.

Ils ne sont pas les seuls. Dans le monde entier, seuls 54 pays ont une équipe nationale de foot américain (contre 209 au sein de la FIFA pour le foot). Et quand ils sont opposés aux Etats-Unis, ils ont du mal à faire le poids,comme nos vaillants Bleus défaits l’an dernier 82-0 en demi-finale du championnat mondial IFAF. A l’approche du Super Bowl, nous nous demandons donc: pourquoi le football américain reste-t-il aussi peu joué à l’extérieur des Etats-Unis? C’est la question bête de la semaine.

Tout d’abord, avant d’être plaqués au sol par les fans français de football américain, notons que le sport séduit de plus en plus à l’étranger. “Presque tous les pays européen y jouent” rappelle Michel Daum, président de la FFFA (Fédération française de football américain). En France, le sport compte 22.000 licenciés aujourd’hui, contre 3.000 en 1988, ce qui place l’Hexagone en deuxième position en Europe derrière l’Allemagne. “Certains sont dans une meilleure situation, d’autres moins bonne” , poursuit le responsable de la fédé.

Michel Daum attribue cette position de tête de l’Allemagne à des raisons historiques. “Dans le cas de l’Allemagne, la présence de bases militaires américaines a permis de faire la promotion de ce sport de manière importante. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le rugby est faible en Allemagne. En France, on a le poids du rugby, incontournable dans le monde du ballon ovale” .

Certes les soldats américains étaient présents en France aussi – “et nous avons trouvé trace d’un match qui avait été joué au début du XXème siècle dans la rade de Toulon à bord d’un gros bateau” – mais cette passion américaine ne s’est pas répandue dans la population générale. “Les Américains jouaient entre eux” , affirme Michel Daum.

Le problème n’est pas que français. Ailleurs aussi, le football américain a du mal à s’implanter. La faute notamment à des barrières d’entrée trop coûteuses: alors que le foot ne nécessite qu’un ballon, jouer au foot américain nécessite d’investir dans un équipement coûteux et de jouer sur un terrain adapté. Pas moins de sept – sept! – arbitres surveillent les joueurs. Il faut aussi disposer d’un grand nombre de joueurs pour constituer une équipe viable, bien plus que les 11 qui sont sur le terrain en même temps à un moment donné.

Le site du magazine de politique internationale Foreign Policy va plus loin. Dans un long article de 2013 consacré à l’exportation du sport, il raconte que l’Europe et les autres continents n’ont pas l’infrastructure nécessaire pour former les futurs joueurs. “Aux Etats-Unis, les lycées et les universités servent d’incubateurs pour la NFL (National Football League), et le manque de telles infrastructures à l’étranger est l’une des raisons majeures pour lesquelles il y a si peu de joueurs non-formés aux Etats-Unis qui deviennent pro” .  Selon Foreign Policy, la NFL ne comptait en 2013 que 74 joueurs non-américains sur les 1.600 places disponibles dans l’ensemble des 32 équipes.

A cela s’ajoute la complexité perçue des règles. Selon cette tribune du journaliste Paul Foutch dans Dallas Morning News, le livre des règles de la NFL (National Football League) compte “120 pages, plus long que les instructions de l’IRS pour remplir le formulaire 1040” . L’auteur va plus loin: il dénonce non sans ironie un sport aux allures d’ “Etat policier” , archi-réglementé, où les interventions de personnes extérieures (arbitres, coach…) sont très fréquentes, trop sans doute pour apprécier le spectacle comme devant un match de foot. “Il y a une pénalité à chaque minute de jeu”  a-t-il calculé.

Pour Michel Daum, la complexité des règles n’est pas une raison valable “car ce n’est pas plus compliqué que le rugby” . “Pour beaucoup de personnes, le foot américain est un sport informe. On voit une compilation de joueurs et on se dit: ouh là là! Il y a des règles pointues, mais il faut apprendre à faire confiance aux arbitres pour expliquer les aspects techniques. En France, on a plutôt tendance à ne pas faire confiance aux arbitres.