François Carré : “J’écris pour dépasser les clichés”

Deux inconnus, un jour de Saint Valentin se croisent dans le métro. Mais sont-ils vraiment des inconnus ou un couple qui a décidé de se jouer la comédie ? François Carré, auteur, metteur en scène et interprète de Cats don’t grin revient pour French Morning sur la genèse de la pièce.

Comment vous est venue l’idée de cette pièce ?

J’ai eu l’idée après une rupture amoureuse… L’idée de base de la pièce est un constat tout simple, et assez troublant: on est souvent plus patient, et on fait preuve en général de plus de considération, avec quelqu’un qu’on connaît à peine qu’avec quelqu’un dont on partage la vie depuis des années. L’expression “parfait inconnu” en dit long. Est-ce qu’un parfait inconnu est quelqu’un qui nous est parfaitement inconnu, ou est-ce que c’est quelqu’un qui est parfait parce qu’encore inconnu?

Est-ce la première fois que la pièce est montée?

Il y a deux ans, la pièce avait été mise en scène à Paris (sous le titre français Parfait inconnu, au Théâtre du Passage vers les Etoiles, dans le 11ème arrondissement ndlr) et pour être honnête j’avais peur que le public français n’aime pas cette fin ouverte et en fait les gens ont vraiment apprécié. Ça a représenté un gros boulot au niveau de la construction, plus compliqué que je ne le pensais (rires) ! Parce que je voulais pouvoir maintenir le doute chez le spectateur tout au long de la pièce. Chaque élément de l’histoire devait donc laisser le choix entre les deux options. Je voulais que les gens puissent sortir de la pièce avec leur propre opinion.

Pourquoi ce titre, Cats don’t grin ?

Parce que la traduction littérale de Parfait inconnu existait déjà en anglais et ce titre Cats don’t grin fait référence à Alice au Pays des Merveilles et au chat… Lewis Carroll a toujours travaillé sur l’idée d’aller au-delà des apparences et c’est un thème récurrent dans la pièce. Ainsi le thème du miroir est très présent avec les deux personnages qui se font face comme deux glaces. Tu ne sais plus ce qui est réel, ce qui est faux et tu lâches prise pour finalement accepter le fait que tu ne sais pas. D’ailleurs, j’écris un peu pour ça : pour dépasser les clichés, je me méfie des affirmations.

Pour Cats don’t grin, vous êtes auteur, metteur en scène, acteur…

Oui, c’est la première fois que je fais tout en même temps, c’est du travail mais c’est très agréable. C’est vraiment créer quelque chose, complètement. Je travaille avec un co-directeur qui a eu un coup de cœur pour le texte, Elinor Famutimi. Ça me permet d’avoir du recul quand moi je suis sur scène en train de jouer. Elle est complètement dedans et suit mes choix, c’est une vraie collaboration.

Comment êtes-vous venu au théâtre ?

J’ai commencé par le théâtre car j’ai été acteur en France pendant très longtemps. J’ai fait un peu de tout : du théâtre, du cinéma, du théâtre de rue… et je pense d’ailleurs que c’est important d’avoir été acteur quand on veut écrire des pièces. Parce que l’expérience parfois difficile d’avoir un texte en bouche quand on est acteur aide ensuite pour l’écriture, pour avoir un style naturel et parlé. Cats don’t grin est ma deuxième pièce représentée. Le reste du temps j’écris des romans, qui ont été publiés en France. Là je prépare mon premier roman en anglais.

Y’a-t-il une différence entre être artiste à Paris et à New York ?

Sur un plan pratique, c’est mieux d’être en France parce qu’on a le statut d’intermittent. Mais d’un point de vue artistique, ici c’est merveilleux. Les gens prennent plus de risques, et il y a une proportion de bons théâtres à New York qui est impressionnante. C’est pourquoi j’ai été très honoré d’avoir été sélectionné pour le Fringe Festival. Et puis, plus largement, le simple fait d’être un étranger est une expérience incroyable. L’Amérique c’est à la fois une culture très proche de la nôtre mais en même temps il y a un gouffre incroyable. Je suis venu pour deux semaines et finalement j’ai décidé de rester tant que j’apprenais des choses nouvelles. Ça fait maintenant 6 ans que je vis à New York et je continue d’apprendre, tous les jours.

Cats don’t grin, avec Sanam Erfani et François Carré
Friday, August 13th at 5:00PM
Wednesday, August 18th at 4:00PM
Monday, August 23rd at 3:45PM
Thursday, August 26th at 7:00PM
Saturday, August 28th at 9:00PM

Studio at Cherry Lane Theatre
38 Commerce Street (7th Ave & Hudson St)
Subway: Christopher Street or West 4th
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For tickets visit www.fringenyc.org or call 866 468 7619: $18 ($15 in advance).