François Hollande, un “Mr Normal” en scooter pour la presse américaine

Pour les journaux américains, François Hollande, le candidat socialiste à la présidentielle de 2012, est tout l’inverse de Nicolas Sarkozy. Le blog The Source, hébergé par le Wall Street Journal, titre d’ailleurs“Election présidentielle française: Mr. Cinétique contre Mr. Normal”“Monsieur Normal,  c’est François Hollande”, écrit le journaliste Max Colchester, qui le décrit comme “un homme de gauche affable”.  Monsieur Cinétique, au contraire, c’est “Nicolas Sarkozy, un animal politique”, ajoute-t-il. A travers l’adjectif “cinétique”, le journaliste fait référence au caractère hyperactif de Nicolas Sarkozy. On a accusé le président“de faire trop de choses et de mettre sa vie personnelle au premier plan”, affirme Max Colchester. François Hollande, lui, semble beaucoup plus sérieux et mesuré. “Son style badin a été remplacé par des costumes sombres et une raideur très présidentielle”, écrit le journaliste, qui note que le candidat a également minci et foncé ses cheveux. “Le public votera pour le candidat qui offrira le meilleur spectacle” s’amuse Max Colchester.

C’est également l’avis de la journaliste Gabriele Parussini dans un autre article du Wall Street Journal: elle affirme que l’élection présidentielle sera “plus une confrontation de style qu’un combat d’idées”. Elle rappelle que François Hollande s’est détaché de l’aile gauche du parti socialiste pendant sa campagne pour les primaires pour se rapprocher du centre. “François Hollande est connu pour son sens de l’humour et on l’aperçoit souvent sur son scooter dans les rues de Paris”, raconte Gabriele Parussini. Cela fera-t-il la différence le Jour J ?

Pour sa part, le New York Times liste les défauts du candidat socialiste: “M. Hollande a étudié dans l’une des meilleures écoles françaises, mais il n’a aucune expérience de gouvernement”, écrit le journaliste Steven Erlanger. Qui souligne que le militant “n’a jamais été ministre”. Le journaliste prétend que François Hollande “s’est bien occupé” de la Corrèze, dont il est le président du conseil général. Mais il précise aussitôt que “la Corrèze est l’un des plus petits départements de la France, et ne peut pas être comparée avec la gouvernance d’une nation qui appartient au conseil de sécurité de l’ONU et possède l’arme nucléaire”. Le journaliste souligne également que M. Hollande n’est pas connu pour sa maîtrise de la politique internationale, alors que c’est l’une des prérogatives du Président de la République. Pour le journaliste, François Hollande a donc encore beaucoup à apprendre.

Pour la journaliste Kim Whillshers, du Los Angeles Times, c’est le scandale DSK qui a permis à François Hollande d’être élu. Sans cela, le candidat  aurait été battu à plate couture par l’ancien directeur général du FMI. “Autrefois, personne au Parti socialiste ne voyait en François Hollande un réel candidat“, assure la journaliste. Mais avec l’affaire du Sofitel, les choses ont changé. “Pendant l’affaire DSK, Hollande s’est entièrement transformé: il a perdu du poids et abandonné ses costumes froissés et ses lunettes à montures d’écailles“, écrit Kim Willshers. Bref, François Hollande est désormais un homme neuf.

Il n’y pas que François Hollande que la presse américaine raille. Dans le New York Times, tous les socialistes en prennent pour leur grade. Pour le quotidien, le deuxième tour des primaires ne présentait pas un grand intérêt, car aucun des deux candidats n’a déchaîné les foules. Le journaliste Steven Erlanger qualifie la campagne de “grincheuse“. D’après lui, les sondages montrent de toute façon que les deux candidats gagneront contre Nicolas Sarkozy. “Ils ne génèrent pas beaucoup d’enthousiasme, surtout depuis que le favori DSK est sorti de la course” écrit Steven Erlanger. Pour lui, Aubry comme Hollande parlent “un langage administratif“, et “leur dernier débat télévisé ressemblait à un colloque d’université élitiste”. Autrement dit, les deux candidats représentent le comble de l’ennui. “Les socialistes sont un peu désespérés”, assure le journaliste: depuis François Mitterand, aucun d’entre eux n’a été élu président. Encore pire, en 2002, Lionel Jospin n’est même pas arrivé au 2nd tour.

Après avoir critiqué les deux candidats du 2nd tour des primaires, Steven Erlanger s’attaque à Arnaud Montebourg. D’après lui, le militant de la démondialisation se bat pour un retour à une “France imaginaire”car “l’exportation française a de toute façon diminué en pourcentage dans les exportations mondiales chaque année depuis près de 40 ans”. Le journaliste ajoute que l’homme politique a “ennuyé tous les experts politiques”. De plus, Arnaud Montebourg a été complimenté par Marine Le Pen, ce qui prouve que“la démondialisation rapproche l’extrême-droite et l’extrême-gauche en France”. Le journaliste termine son article en disant que malgré tout, le désamour des Français affecte plus Sarkozy qu’Aubry ou Hollande. Malgré leurs défauts, ce sont donc les socialistes qui ont le plus de chance de l’emporter lors de la prochaine présidentielle.

Autre sujet d’interrogation pour nos amis américains : la liberté de la presse est-elle perçue différemment en France et aux Etats-Unis? C’est que pense en tout cas le journaliste Eric Pfanner dans le New York Times. Il raconte que le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris a décrété vendredi 14 octobre l’interdiction du site internet français “Copwatch Nord Paris IDF”. Ce site montrait des vidéos de policiers abusant de leur pouvoir: on pouvait les voir matraquant des manifestants ou se comportant de manière raciste.  “Ce site internet est la version française des sites cop-watching apparus aux Etats-Unis dans les années 1990“, écrit Eric Pfanner. Le journaliste ajoute qu’aux Etats-Unis, les tribunaux ont généralement donné raison à ces sites et ont décrété que filmer des policiers était autorisé par la Constitution américaine et faisait partie de la liberté d’expression.  “En France, il n’y a pas l’équivalent du premier amendement de la Constitution des Etats-Unis, qui interdit au Congrès de créer une loi qui restreint la liberté d’expression ou celle de la presse”, explique le New York Times.

Eric Pfanner revient sur l’histoire de ces sites de “watching-cops“, qui ont démarré aux Etats-Unis. En 1991, c’est le matraquage d’un motard afro-américain à Los Angeles qui a marqué le début du mouvement. Ce genre de sites s’est ensuite répandu dans tous les Etats-Unis, puis en Angleterre, et désormais en France. Mais curieusement la justice de notre pays n’y a pas accordé le même crédit.