Frédéric de Narp, l’amour de Dieu et du glamour

Président-directeur général d’Harry Winston, ex directeur de Cartier pour l’Amérique du Nord, Frédéric de Narp est l’un des patrons français les plus remarqués aux Etats-Unis. Figure récurrente des pages people, c’est aussi un père de six enfants très attaché à sa foi catholique et à l’action humanitaire. Pour French Morning, il revient sur sa carrière et sur ce qui compte vraiment pour lui.

Développer le potentiel commercial d’Harry Winston sans compromettre son image de marque : voila l’objectif que s’est donné Frédéric de Narp, président et CEO du prestigieux joailler américain depuis le 4 janvier 2010. Ce Rouennais d’origine avait quitté la direction de Cartier pour l’Amérique du Nord depuis 24 heures lorsque Bob Gannicott, président d’Harry Winston Diamond Corporation (la maison mère d’Harry Winston Inc), annonça sa nomination. “J’ai tout de suite été intéressé par le défi qu’il me proposait, explique Frédéric de Narp. Avec 50% de ses produits valant plus de 100 000 dollars pièce, Harry Winston est une marque de joaillerie extraordinaire, sans doute la plus exclusive au monde, mais il existe une différence folle entre le prestige de son nom et la réalité commerciale.

A ce jour en effet, le joaillier ne compte que 19 salons, pour 450 employés et 114 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2009. Misant sur une croissance de 20% par an, la société souhaiterait faire passer son réseau à 35 boutiques d’ici à 2016. Pour atteindre cet objectif, Frédéric de Narp estime que son héritage français sera un atout : « Nous avons, je pense, un sens inné du beau et du goût, ainsi qu’une capacité à évoluer dans un monde global avec finesse. »

A 41 ans, ce père de six enfants a déjà exploré divers horizons. Son parcours commence dans les années 90, lorsque, jeune étudiant à l’Université du Havre, il décide de partir au Japon dans le cadre de sa maîtrise en Affaires Internationales, Option Commerce avec l’Asie. « J’avais toujours été fasciné par les Japonais, et je voulais comprendre comment ils arrivent à faire passer l’intérêt collectif avant l’intérêt individuel. » Il décroche un stage de vendeur à la boutique Cartier d’Ikebukuro, un quartier chic de Tokyo. Une mission sur mesure pour le jeune premier qui s’était promis de travailler « soit dans l’aviation, soit dans le pétrole, soit dans les pierres précieuses ». Il devient rapidement le premier vendeur en termes de chiffres d’affaires, et est promu, à 23 ans, directeur de magasin. Dès lors, il n’aura cesse de grimper les échelons de Cartier. Il est successivement nommé directeur commercial en Suisse, directeur général en Italie et en Grèce, puis directeur général pour l’Amérique du Nord. Son ascension dans la maison s’arrête brusquement lorsque le groupe Richemont (propriétaire de la marque), annonce son départ en fin d’année dernière. Aux dires de la presse, sa personnalité flamboyante et ses techniques marketing n’étaient pas tout à fait au goût de la direction. Frédéric de Narp ne retient que du bon : « J’ai eu une chance folle, je me suis éclaté comme un fou », affirme-t-il aujourd’hui.

Décrit par le magazine new-yorkais Crain comme « l’une de ces personnes belles, sûres d’elles, qui semblent foncer bille en tête et obtenir tout ce qu’elles veulent », Frédéric de Narp est de tous les tapis rouges et de tous les événements mondains. Mais c’est aussi un Catholique convaincu, qui a toujours compté sur sa famille et ses activités caritatives pour équilibrer sa vie. Au Japon déjà, il avait fondé « Nidin », une association humanitaire au profit des enfants aveugles du Cambodge. Aux Etats-Unis, il œuvre dans plusieurs organismes de charité, dont la Fondation Elie Wiesel pour l’Humanité : « Elie Wiesel est mon héros, mon meilleurs ami. Apres avoir été détruit intérieurement par l’Holocauste, puis ruiné par Madoff, il trouve encore le moyen d’incarner l’Espérance. Je suis profondément touché par ce qu’il représente. »

Avec Harry Winston, Frédéric de Narp a trouvé une belle occasion de prolonger un peu plus son expérience aux Etats-Unis — un pays, avec l’Italie, qu’il affectionne tout particulièrement. « La générosité des Américains m’inspire énormément. J’aime leur optimisme envers et contre tout. J’aime aussi être libre de pouvoir vivre ma foi – c’est essentiel pour ma vie. J’essaie d’aller à la messe à Saint Patrick tous les jours. Cela m’aide à construire pour Harry Winston une marque belle, généreuse et porteuse de sens. »
Et si Harry Winston s’adresse aux richissimes de ce monde, il n’y voit pas de contradiction, bien au contraire: “Un jour, a la boutique Cartier de Tokyo, une jeune-fille est venu s’acheter une montre à 100 000 dollars pour son anniversaire. C’était l’une des personnes les plus tristes que j’aie jamais rencontrées. L’argent ne suffit pas à donner un sens à la vie, croyez-moi”.