Gilles Louvet, le bio jusqu’au bout du cep

Musique live de jazz en fond, lumière tamisée, ambiance feutrée, une odeur de cuisine méditerranéenne embaume la pièce. Nous sommes à Lallisse, où nous retrouvons Gilles Louvet, de passage à New York.

La présence du producteur de vins bio dans ce restaurant méditerranéen de Murray Hill sonne comme une sorte de retour aux sources. Le restaurant fut en effet le premier client new-yorkais du Français. Et peut-être, sans le savoir, la première marche de son empire aux Etats-Unis. Quatre ans après son entrée sur le marché américain, le producteur du Languedoc a exporté 30.000 bouteilles vers les « States ». On trouve sa gamme « O… by Gilles Louvet » (« O » pour organique) aussi bien dans des supermarchés de Caroline du Nord et du Sud que dans des bars et restaurants new-yorkais, dont l’Oyster Bar de Grand Central et le Whole Foods de l’Upper West Side. «Le consommateur américain est très curieux concernant le vin, il est friand d’informations, intéressé par les détails», constate t-il. De plus, «contrairement aux idées reçues, les Américains, tout comme les Allemands, se sont intéressés au marché du bio bien avant la France.»

Pour Gilles Louvet, l’aventure du bio commence en 1993. A cette époque, il prend conscience des effets néfastes des produits chimiques sur les hommes et les terroirs. Il créé l’ancêtre de sa marque Gilles Louvet Vineyards, Celliers du Languedoc Vins Distribution (CLVD), une aventure qui, dès 1995, réunit 25 producteurs autour d’une même ambition: développer des techniques de production respectueuses des grappes, de l’environnement et de la biodiversité. Le producteur se targue par exemple de laisser des fleurs, des plantes aromatiques et des buissons pousser au milieu de ses vignes pour notamment « attirer les abeilles qui viennent polliniser les fleurs de vignes ». Cela semble simple. Mais au début des années 90, il est l’un de seuls à croire en cette production verte, celle que lui a inspiré son grand-père, vigneron aussi.

Une fois son entreprise implantée sur les marchés français et européen (il est présent en Allemagne depuis 2002), il s’est tourné vers les Etats-Unis. Il fallait avoir les reins solides, notamment pour se conformer aux normes américaines d’appellation organique, le NOP (National Organic Program). Une toute nouvelle production fut donc lancée pour le consommateur américain, avec un budget annuel de 300.000 euros. «Une certaine somme pour une entreprise de notre taille », raconte le producteur, qui précise qu’il a fallu plus d’un an et demi pour parvenir à adapter la production aux normes américaines. « Le cahier des charges regorge de subtilités qui n’ont pas été sans nous poser quelques difficultés, dit-il. Mais, nous avons persévéré ».

Pour optimiser ses chances de réussites, notre producteur fut contraint d’adapter sa stratégie.  Etiquetage simplifié, mise en évidence du cépage et de l’appellation biologique. « Aux Etats-unis, on se réfère au cépage et non au terroir», souligne Gilles Louvet, même s’il constate que « les Américains commencent à changer de mentalité, ils apprécient de plus en plus des vins complexes se référant au terroir ». Le vin selon Gilles Louvet aurait-il de beaux jours devant lui?

Visiter le site de Gilles Louvet Vineyards ici