Globe-trotteur entrepreneur

Frédéric Dominioni, 38 ans, affiche le parcours du parfait globe-trotter. Né à Paris, mais élevé en Afrique (Madagascar, Côte d’Ivoire…), il a ensuite travaillé près de 10 ans entre Londres et Taïwan, avant de poser ses valises près de San Francisco en 1999. Depuis cette date, le jeune homme enchaîne les expériences, en espérant trouver un challenge à la hauteur de ses attentes : «J’ai eu la chance de débuter très tôt en tant qu’entrepreneur, explique-t-il. Après ma sortie d’école de commerce, je suis parti étudier à l’université UIBE de Pékin, puis à TLI Taïwan. Dans la foulée, en 1995, j’ai effectué mon VSNE (ndlr : Volontariat du Service National à l’Étranger) à Taïwan pour la société Bull. C’est là que j’ai eu l’idée de créer ma société d’import/export, FIDOM Group, après avoir découvert le bambou chinois. Je me suis dit que ce pouvait être une très bonne idée de produit déco et j’ai commencé à le proposer à différentes enseignes.»

Le succès est rapide. Le «Lucky Bamboo» est vite commercialisé par Ikea ou Habitat. Frédéric Dominioni compte près de 50 salariés répartis sur l’Asie, l’Europe et les Etats Unis. Son chiffre d’affaires dépasse les 11 millions de dollars, avec des profits dépassant les 30%. «J’ai transféré mes bureaux à Londres. Mais, ce déménagement avait des répercussions sur ma vie personnelle. Ma femme, d’origine taïwanaise, ne supportait pas la Grande Bretagne et ne voulait pas aller en France où elle trouvait que le regard des gens, sur les étrangers, n’était pas bienveillant. Le compromis était alors de partir en Californie où j’avais fait un stage en 1989.»

Depuis Palo Alto, aux portes de San Francisco, Frédéric Dominioni poursuit son activité jusqu’en 2003, avant de prendre la décision de la mettre en sommeil pour se tourner vers de nouvelles expériences. La même année, il décroche un «Executive MBA» à l’université de Stanford, puis tente l’aventure des nouvelles technologies : «J’ai travaillé pour différentes sociétés de la Silicon Valley. J’y ai occupé un peu tous les postes : responsable des ventes, manager, ou directeur financier. J’ai fait cela jusqu’en mars dernier, date à laquelle j’ai décidé de tout arrêter. Je n’étais plus heureux dans mon travail et j’avais surtout l’impression de perdre mon temps. Les entreprises californiennes sont à l’image de l’Etat : elles sont très belles en façade, mais elles ne proposent que du vent. Je sentais que je devais revenir à quelque chose de concret.»

L’entrepreneur polyglotte (il parle six langues : français, anglais, mandarin, espagnol, italien, russe) réactive donc sa société et se lance dans l’import/export de produits de qualité : «Je me positionne sur le bon vin, le bon chocolat, le jambon d’Espagne, le caviar, etc. J’ai déjà activé mes réseaux et tout est opérationnel, de même que le site internet qui propose la gamme de produits :www.redcaviars.com»

Loin de rester les deux pieds dans le même sabot, Frédéric Dominioni travaille aussi sur un autre projet, hôtelier cette fois, au Mexique : «Il y a quelques années j’ai acquis un terrain fabuleux en Baja California, face à la mer de Cortez. J’y fais construire ma maison, avec le but de monter un petit hôtel et un bar à vins. J’aimerais m’y installer d’ici 6-7 ans, et changer de vie : travailler tout en profitant de ma famille et de l’existence. Selon moi, le Mexique est véritablement la nouvelle frontière. Les opportunités sont nombreuses. Le pays est en train de changer positivement.»

Une nouvelle aventure qui ne le rapprochera pas de la France, dont il n’a aucune nostalgie : «Je suis Français, et fier de l’être. Mais rien de ce que j’ai effectué dans ma vie n’y aurait été possible. Il existe une mentalité anti-entrepreneur que je ne comprends pas. L’argent y est mal vu. Par ailleurs, lorsque l’on n’est pas issu du sérail, c’est-à-dire d’une grande école, les chances de réussite sont limitées. Et je suis désolé de le dire, mais les Français restent racistes, snobs… C’est la grande différence avec les Etats Unis où, même si l’on sort de Harvard, cela ne veut rien dire tant que l’on n’a pas montré sa valeur au travail. L’Amérique offre sa chance à tous et cela est unique.»

Frédéric Dominioni n’est pourtant pas un partisan béat de son pays d’adoption : «J’ai le sentiment que tout ici est comme Hollywood. On soigne la façade, mais l’envers du décor est terrible : santé, protection de l’emploi, logement… tout est précaire et l’on peut vite dégringoler. D’un autre côté, les entrepreneurs sont soutenus et les initiatives encouragées. Par ailleurs, il n’y a pas de jugement sur les personnes et sur leur origine. Pour mon fils de 7 ans qui est à moitié chinois, je sais qu’aucune porte ne lui sera fermée au nez, alors qu’en France…»

Toutefois, ce constat sur les différences entre les deux pays ne sera bientôt qu’un lointain souvenir, le sable des plages de Basse Californie étant désormais l’ultime horizon pour la petite famille de Frédéric Dominioni.