Google et les bonus, la France attaque

Son dynamisme démographique, son imparable système de santé, sa résistance économique – et écologique par-dessus le marché, sont autant d’atouts qui remettent le « modèle français » au goût du jour. Ces derniers temps, et de manière inattendue, nombreux sont les titres de presse anglo-saxons qui lui ont accordé une place de choix. Ce tableau admirable dénote pourtant sur un point, sur lequel deux émérites spécialistes sont navrés de revenir dans une tribune du New York Times : la contraction entre le mythe égalitaire cher à la République tricolore et les discriminations réelles dont sont victimes les minorités. Chiffres, études scientifiques et actualités à l’appui, le papier invite « la grande nation » à ne pas se reposer sur ses lauriers et à revoir son contrat social à la base.

Vous l’aurez deviné, le débat hexagonal d’identité nationale n’en finit pas de galvaniser la presse américaine. Un article du Time (« Sarkozy soutient le détesté ministre de l’Immigration ») continue sur le buzz Besson, ce « grand traître » de la gauche qui depuis son adoubement sarkozyste exécute sa mission avec le zèle d’un nouveau converti. Si bien qu’Eric Besson est parvenu à créer un malaise au sein de sa propre famille politique, aussi conservatrice soit-elle. Dans un autre papier, le Time situe cet enjeu dans une perspective calaisienne, la “Jungle” de l’après-Sangatte illustrant une réalité sur le terrain trop lointaine des fantasmes républicains.

Le Washington Post revient lui sur la profanation ce dernier weekend d’une mosquée de Castres près de Toulouse –taguée de « La France aux Français ». Conclusion: ce débat sur l’identité nationale ne fait qu’exacerber les tensions et accroître les extrémismes. Que la France se console, c’est toute l’Europe qui en prend pour son grade. Toujours dans le Time, une série de chiffres montre comment une relation de défiance s’est progressivement installée entre les Musulmans et les non-Musulmans du Vieux continent. Ils sont 20 millions à vivre dans l’Union européenne, pourtant un prénom à consonance musulmane sur un CV réduit 5 fois les chances de décrocher un entretien d’embauche.

Le verdict du TGI de Paris prononcé vendredi contre le géant californien Google a été largement repris par les journaux américains. Sans commentaire apparent, la presse reste néanmoins sans voix devant un tel revers flanqué au monstre technologique du XXIe siècle. « Un tribunal français coupe court au projet de Google Books » titre le Los Angeles Times, qui souligne que ce verdict -300 000 euros de dommages et intérêts- représente la plus grosse perte judiciaire de Google. Un marathon judiciaire entre Google et les éditeurs et auteurs américains se poursuit ici aux Etats-Unis, voilà qui explique que tous les yeux soient tournés vers la France. Le NYT rappelle qu’à l’image du plan de numérisation des œuvres  à 750 millions d’euros annoncé par Nicolas Sarkozy, les Etats Unis prévoient aussi la création d’une base de données.

La décision du gouvernement français d’offrir un abonnement aux 18-24 ans à un journal de leur choix invite le Christian Science Monitor à regarder de plus près la situation de la presse dans l’hexagone.  Un état des lieux que la journaliste n’envie pas le moins du monde. « La presse française est une des moins rentable en Europe » constatant que seulement 10% des jeunes lisent un journal régulièrement, contre 70% en 1997.

Des banquiers privés de bonus ? Cela pourrait arriver en France et en Angleterre, où a été décidé quasi conjointement de taxer les bêtes noires de la finance qui continuent d’enrager l’opinion publique de chaque côté de la Manche. Et le Los Angeles Times de rappeler que cette démonstration d’un « front uni » franco-britannique survient quelques semaines après le différend politico-économique qui a opposé la City et Paris. En somme, le marché européen peut compter sur ses leaders : après avoir annulé un meeting avec Sarkozy, Gordon Brown et son meilleur ennemi  ont pondu un éditorial à quatre mains dans le Wall Street Journal, dicté par leur haine partagée de ce capitalisme sans foi ni loi qui met à nu le contribuable.