“Ils veulent tous rencontrer Sarkozy”

Installé dans son grand bureau de Reservoir Road, à Georgetown, en complet bleu (son prédécesseur préférait le gris), le nouvel ambassadeur de France est ravi: depuis son arrivée cet été, de l’anniversaire de la naissance de Lafayette à la visite de Nicolas Sarkozy, la rapprochement franco-américain est célébré sur tous les tons.

Il est incontestable que l’arrivée de Nicolas Sarkozy, son affirmation d’une réelle amitié personnelle pour les Etats-Unis, a accéléré le mouvement. Voir un président français venir passer ses vacances chez eux, dire haut et fort qu’il aime ce pays, sa manière de vivre sa culture, tout ça a incontestablement changé le climat. Notre rôle maintenant, c’est d’inscrire cette amitié retrouvée dans la durée, cela veut dire decliner désormais dans l’ensemble de nos relations, politiques, économiques, culturelles, éducatives, universitaires,linguistiques. Il va falloir leur donner une nouvelle dimension qui soit à la hauteur de nos ambitions, en tenant compte bien sur des nos moyens. Ce n’est pas facile.Il faut beaucoup travailler. Il faut beaucoup labourer.

Les candidats à la présidentielle veulent voir Paris et Sarkozy

Pour Pierre Vimont, George Bush est un président qui entend exercer ses fonctions jusqu’au terme qui lui est imparti par la constitution et l’a montré avec ses négociations avec le Congrès sur le dossier irakien et la relance des pourparlers de paix au Proche-Orient. C’est à ses yeux une administration qui a encore “des choses à dire et des choses à faire.” Mais bien sûr, il approche ceux qui pourront être les prochains locataires de la Maison Blanche. Quel genre de questions lui posent-ils?
“La première chose qu’ils nous disent,c’est qu’ils aimeraient le moment venu rencontrer Nicolas Sarkozy.” John McCain, Hillary Clinton, Barak Obama ont, entre autres, exprimé le désir de se rendre en France, mais après les primaires! Pour prendre un peu de “vernis international” comme le dit l’ambassadeur, avant de poursuivre: “D’autre part, comme ils réfléchissent eux-mêmes sur les grands dossiers diplomatiques, Irak, Iran, Afghanistan, Proche-Orient, Kosovo, ils ont envie de connaitre nos positions et envie de nous faire connaitre les leurs pour voir si l’on est à peu près en phase les uns avec les autres. Et puis troisièmement, ils sont intéressés par les réformes que souhaite promouvoir le président de la république dans les domaines économique et social: il y a eu les grèves(…) les dernières émeutes en banlieue, et ils nous demandent comment on sent les choses. Ils essaient de mieux comprendre ce qui se passe.”

N’est-il pas à craindre que justement à cause des grèves qui se multiplient et des émeutes qui se renouvelent, les Américains aient l’impression que “plus ça change, plus c’est la même chose? “Non” répond l’ambassadeur, car d’une part Nicolas Sarkozy a prévenu ses interlocuteurs lors de sa visite à Washington qu’il y aurait des difficultés tout au long de son quinquennat, une réforme en profondeur de la France et de la société française prenant du temps. ”{Je n’ai pratiquement jamais rencontré d’interlocuteurs qui ne souhaitaient pas ces réformes car ils ont tous envie que notre pays rattrape son retard et rejoigne la mondialisation.”}

Est-ce que pour la France, un candidat serait préférable à un autre? “Ce qui est important, c’est que quel que soit le candidat qui est élu, nous connaissions bien ses idées, ses engagements, les collaborateurs qu’il va amener avec lui, pour pouvoir être opérationnels dès le lendemain de la mise en place de la nouvelle administration.C’est pourquoi il faut travailler dés maintenant.”

Agé de 58 ans, Pierre Vimont, élégant et distingué énarque de la promotion Malraux (1977), est diplomate de carrière. Une carrière qui a été consacrée essentiellement à l’Europe. Il fut notamment ambassadeur et représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne de 1999 à 2002. Alors comment s’est passé pour lui l’adaptation à son poste outre-atlantique? “Je trouve que c’est assez intéressant de voir la France et l’Europe de l’autre côté de l’Atlantique, d’abord parce que ça donne un autre regard qui est très utile et ça complète le regard parfois un peu nombriliste que l’on peut avoir en France et en Europe. Et puis c’est très utile pour expliquer à nos amis américains ce qu’est la construction européenne. Pour beaucoup d’Américains, c’est encore très compliqué à comprendre (…) et le fait d’avoir beaucoup travaillé sur les affaires européennes peut permettre d’être assez pédagogique et de leur expliquer en termes assez simples ce que l’on essaie de faire en Europe.”

Soucieux de “ne pas rester enfermé à Washington”, l’ambassadeur a déjà visité 7 des 10 consulats français des Etats-Unis, l’occasion de redécouvrir l’Amérique qu’il connait bien, pour avoir passé une partie de son enfance à Washington, alors que son père, diplomate lui aussi, y était en poste. Il est revenu plus tard aux Etats-Unis qu’il a sillonnés d’une côte à l’autre: ”J’avais découvert – je ne sais pas si ça existe encore – la possibilité de conduire une voiture de Chicago en Californie. J’avais trouvé ça dans les petites annonces et j’ai fait ça pendant plusieurs années. Je me souviens, je passais par tous les National Parks,c’était magnifique!”