Invasion française

Sujet déjà abordé dans les pages de French Morning mais on pardonne au Daily News: Caroll Gardens devient une “French town”, attirant de plus en plus de Français grâce à la qualité de vie et aux programmes en français proposés par la PS58. Ni «french ghetto», ni «French Club Med». Dans cet ancien quartier italien, le patron de l’épicerie fine italienne a dû se mettre à la page et au milieu du prosciutto et la mozarella ont surgi « d‘obscurs fromages français ». Et en plus, ils se font remarquer:  «quand ils commandent du fromage, ils le prononcent bien. Ils mangent vraiment beaucoup de fromages ».

« Une France ça suffit! » prévient Roger Cohen dans le New York Times, paraphrasant Mauriac à propos de l’Allemagne « J’adore la France, mais je ne veux pas en voir deux, surtout si l’une des deux est aux Etats Unis ». L’éditorialiste craint cependant la «touche d’étatisme» présente dans les réformes d’Obama. «Punissez le capital et il vous punira en retour en vous disant Hasta La Vista, c’est ce qu’a compris l’ancien président François Mitterrand». « On a conscience de ses possibilités quand on peut les embrasser. C’est l’essence de l’identité américaine pour un immigré: les perspectives infinies de ses horizons face aux frontières étriquées des Etats Européens et l’attention étouffante de l’Etat nounou, dans lequel il est souvent plus facile de ne pas travailler. Le taux de chômage élevé en France n’a jamais été un mystère ».

Michelle Obama est cover girl dans le numéro de mars du Vogue US. Et tour du monde des First Lady oblige, le magazine consacre un large portrait plus qu’élogieux à Carla Bruni-Sarkozy: « jamais auparavant une femme de président n’aura amené à la fonction autant de beauté, d’intelligence, de talents, de culture, de style, une fortune gagnée par elle même, un fils illégitime, un passé sulfureux et des photos nues ». Après un long portrait retraçant l’intégralité de sa carrière, et de ses amours, le journaliste reçu à l’Elysée n’hésite plus, suite à son mariage et à la sortie de son album  « elle est devenue immensément populaire, vraiment amoureuse de son mari, agissant de manière irréprochable dans ses fonctions officielles tout en restant fidèle à sa propre personnalité».

«Jamais les impôts d’un Etat n’auront autant révélé sur la realpolitik qu’une loi récente votée à l’Assemblée Nationale française» annonce Newsweek sur une loi exemptant d’impôt les émirs Qatariis ayant acheté l’Hotêl de Lambert, dans l’Île de la Cité. « Bien que se présentant comme le meilleur ami des Etats Unis sur le vieux continent, la sollicitude de Nicolas Sarkozy pour les pays du Golfe est un héritage de son prédécesseur Jacques Chirac ». But affiché : «compléter la politique américaine dans la région». Cultivant les liens avec la famille régnante du Qatar, Nicolas Sarkozy a connu «plusieurs succès : la libération des infirmières bulgares […] la stabilisation du Liban  ». Ce cadeau fait aux Qatariis est subtil «au rique de mener un jeu dangereux, mais maintenant que la France marche aux côtés des Etats Unis […], le but de stabiliser le Moyen Orient pourrait être atteint. »

C’est un long article que consacre le prestigieux New York Times à Plus Belle La Vie, la série quotidienne de France 3. « Loyaux » malgré le changement d’horaire, les français goûtent donc leur dose quotidienne de drame où les histoires mêlent des diffèrents personnages de la série « accroche les Français et les éduque, un tout petit peu, sur les diffèrences culturelles, les problèmes sociaux comme le racisme, la drogue, la grossesse des adolescents, l’Islam, l’homosexualité, même dans la police ». On parle même de révolution sociologique. Tentative d’explication : « La France avait peur qu’on lui montre sa noirceur. La France est le pays des Lumières, et la lumière n’aime pas l’obscurité ».

Un petit village bourgignon qui lutte contre l’implantation d’un incinérateur d’ordures et c’est tout le paradoxe de la France qui s’exprime dans le Washington Post : « La France a du mal à préserver le style de vie qui l’a rendue célèbre, symbolisé par le déjeuner de trois heures, arrosé de bon vins, tout en affrontant les impératifs d’une économie moderne. […] ce qui implique la tête claire au bureau et des endroits pour traiter les déchets toxiques des hôpitaux et des usines aux alentours comme tout pays de 64 millions d’habitants ». L’incarnation du dilemme des viticulteurs français  : Nicolas Sarkozy  « Un leader inconoclaste qui marqué les esprits en déclarant ne pas boire de vin et élu sur la formule « travailler plus pour gagner plus » ».

Le New York Times tente de perçer les mystères des guerres de mémoire à la française. A travers la construction du musée des Pieds Noirs en Algérie, le journal revient sur cette période douloureuse de l’histoire de France : «mars 1962, un million de pieds noirs ont quitté l’Algérie laissant tout derrière eux. D’autres sont restés et ont été massacrés comme à Oran. D’autres encore ont disparus ». Les musées et les mémorials réclamés par la communauté pieds noirs sont les véritables champs de bataille sur lesquels se livrent les guerres mémorielles : « tout comme la résurgence de la négritude chez les jeunes français noirs, exemple de plus de ce nouvel esprit, changement dans la culture identitaire des minorités, qui comme les pieds noirs, s’inquiètent de leurs racines plutôt que de s’inquièter d’être français » .