Kapitall.com, le Mac de l’investissement boursier

De meilleurs amis dans la vie à associés dans les nouvelles technologies… C’est le pas qu’ont franchi Serge Kreiker et Gaspard de Dreuzy, vingt ans après s’être rencontrés sur les bancs du lycée Stanislas à Paris. Après des études à l’université canadienne de McGill, Serge avait entamé une carrière de programmeur informatique à New York chez Bloomberg, le leader mondial du trading électronique, et Gaspard monté trois sociétés de production de jeux vidéos à Paris, avant d’être rattrapés par un rêve: celui de créer une boîte ensemble. Gaspard a déménagé à New York en 2006 ; Serge a démissionné peu après. En 2008 naissait kapitall.com, un site de trading d’actions en ligne pour les particuliers que le magazine Wired a qualifié “d’interface à la Minority Report pour votre portefeuille”.
Kapitall.com combine l’efficacité d’une plate-forme financière à la Bloomberg avec l’aspect ludique et interactif du jeu vidéo. “Trop de gens, notamment s’ils sont jeunes et inexpérimentés, pensent que le trading en ligne est ennuyeux, compliqué, intimidant. Nous avons voulu casser cette convention en leur proposant une plate-forme plus intuitive et plus ludique. Là où les sites existants jouent la surenchère d’outils, d’infos et de produits, nous avons pris le parti de simplifier les choses au maximum. Nous sommes un peu le Mac de l’investissement boursier”, explique Gaspard, Président et CEO.

La comparaison n’est pas fortuite, puisque les deux Français ont recruté un ancien directeur créatif d’Apple, Cordell Ratzlaff, pour élaborer le design du site. Résultat : avec ses icônes colorés, son système de « dossiers », son ergonomie conviviale et ses applications mobiles, kapitall pourrait presque passer pour le dernier bébé de Steve Jobs.

Mis en ligne à l’automne 2008 dans sa version bêta, le site est encore en stade de test, mais compte déjà 35.000 utilisateurs. Le lancement grand public est prévu pour cet automne. Le temps de mettre au point les derniers détails techniques, et d’obtenir l’autorisation des instances de régulation pour déployer la plate-forme de ‘brokerage’ – autrement dit, l’interface qui permettra aux utilisateurs d’acheter et vendre des actions en direct sur leur site (pour l’instant, cette fonction est sous-traitée à TD Ameritrade).

Dès lors, leur société pourra commencer à gagner de l’argent sous forme de commissions prélevées sur les ordres passés par les Internautes. Pour l’instant, elle en dépense beaucoup, phase d’investissement oblige. Au total, kapitall a levé 14 millions de dollars, en bonne partie auprès de business angels à Paris. “Ceux qui disent que lever de l’argent en France est compliqué ont tort, affirme Gaspard. Les gens qui nous ont fait confiance au tout début, ce sont des Français. Ils ont plongé sur rien, il n’y avait même pas une ligne de code écrite ! Ils voulaient faire partie de cette aventure américaine. »
Grâce à leur approche innovante, les deux amis espèrent bien pouvoir croquer une petite part de l’énorme gâteau que représente le trading d’actions en ligne aux Etats-Unis – un marché de 50 milliards de dollars dominé par des géants comme TD Ameritrade, schwab.com ou encore Fidelity. Et si le lancement américain est concluant, ils envisagent de franchiser leur modèle en Europe, en Amérique latine et en Asie dès 2012, voire de se lancer sur d’autres marchés comme le Forex. Mais d’ici là, il va falloir qu’ils lèvent encore 10 à 15 millions de dollars pour financer la phase d’acquisition de clients. Au total, près de 30 à 40 personnes travaillent sur le projet. «Ma plus grosse peur, indique Gaspard, c’est de manquer d’argent. Nous nous sommes lancés sur un marché qui nécessite énormément de temps, de moyens et de compétences techniques. Avec Serge, nous pensions nous embarquer pour un sprint. En l’occurrence, c’est plutôt une course de fond.»
Mais les deux amis ont appris qu’il faut savoir risquer gros si on veut gagner beaucoup. Un principe qu’ils partagent avec les joueurs et les traders.