L’histoire extraordinaire des Justes du Chambon

Pendant l’occupation nazie, cinq mille villageois des Cévennes ont caché près de cinq mille Juifs dans leurs fermes, pensions et écoles, après leur avoir donné de nouveaux noms et de faux papiers. Aucun n’a été dénoncé. Les réfugiés venaient des quatre coins de France, après avoir entendu dire que dans cette  « Montagne Protestante », ils seraient enfin en sécurité.

Le documentariste Pierre Sauvage, né Juif dans une ferme du Chambon en 1944, œuvre depuis plusieurs années pour faire connaître cette histoire un peu oubliée.Le président Barack Obama a parlé du Chambon l’année dernière lors d’une commémoration de la Shoah à Washington, mais en France peu de gens sont au courant de cet épisode de résistance collective.

« Je sais que mon film est très peu vu en France, alors qu’il circule pas mal aux Etats-Unis, où il est diffusé dans les universités et les écoles», explique Pierre Sauvage, qui vit à Los Angeles depuis 1971. Au moment de sa sortie, la chaîne américaine PBS a passé le long-métrage en prime time ; à la télévision française, il a été montré en plein milieu de la nuit.
M. Sauvage explique ce peu d’attention par le fait que la France laïque a du mal à rendre hommage à des héros croyants, à une communauté soudée autour de la foi. En effet, l’identité protestante, ainsi que la mémoire des persécutions anti-huguenotes, est essentielle pour comprendre les actions des villageois de la région. Lors d’un sermon proclamé peu après l’armistice de 1940, les pasteurs du Chambon avaient demandé à leurs fidèles de résister, « d’opposer à la violence exercée sur leur conscience les armes de l’Esprit. »
Après la guerre, les réfugiés ont quitté le Chambon, et les habitants du plateau sont restés discrets. Leurs actions n’ont été reconnues publiquement en France que bien des années plus tard. Dans « Les Armes de l’Esprit », lorsque M. Sauvage demande à une habitante pourquoi elle a pris tant de risques pour sauver des Juifs, celle-ci hausse les épaules et répond : «Je sais pas… on était habitués», avant de détourner les yeux. «Pour eux, il n’y avait vraiment rien d’autre à faire que ce qu’ils ont fait » explique le réalisateur.  « J’ai mis longtemps à comprendre que ce qui comptait dans cette histoire, c’était ce haussement d’épaule.»
Avant de se réfugier dans les Cévennes, les parents de Pierre Sauvage avaient demandé de l’aide à Varian Fry, un jeune Américain à la tête d’une opération de sauvetage de Juifs à Marseille. Fry n’avait pas pu aider la famille Sauvage, mais à partir de 1940, son équipe a permis à 2 000 Juifs et réfugiés politiques, dont Marc Chagall et Hannah Arendt, de fuir l’Europe occupée. Depuis plusieurs années, c’est sur cet autre Juste que M. Sauvage prépare un documentaire. Des extraits du film seront montrés lors de la rétrospective, et une sortie en salles est prévue pour 2011.

Museum of Jewish Heritage
Rétrospective Pierre Sauvage du 17 au 21 mars.
36 Battery Place, New York
http://www.mjhnyc.org/

Fondation Chambon http://www.chambon.org