La bataille de l’Amérique à l’UMP

Tout aurait dû être simple pour l’UMP: il y avait d’abord un “candidat naturel”, (Guy Wildenstein), empêché pour cause d’ennuis judiciaires, puis une “candidate évidente” (Christine Lagarde), partie remplacer DSK au FMI. Depuis, l’UMP n’a plus de candidat désigné pour la circonscription de l’Amérique du Nord, alors que la candidate du parti socialiste, Corinne Narassiguin, est déjà en campagne. “On est en retard, reconnaît Thierry Mariani, secrétaire d’Etat aux transport et chargé des Français de l’étranger à l’UMP jusqu’à il y a peu. La circonscription est immense et il ne faut pas perdre de temps d’autant qu’elle ne va pas être si facile à gagner: les Français des Etats-Unis votent plutôt à droite, mais ceux du Canada plutôt à gauche”.

L’UMP réunit ses commissions d’investiture à partir de ce lundi et pourrait prendre une decision pour la circonscription nord-américaine dans les tous prochains jours. Mais, confie un responsable de l’UMP, “il n’y a plus aucun candidat “naturel” ou “évident” et on hésite encore beaucoup”. Du coup la liste des candidats plus ou moins publiquement déclarés ne cesse de s’allonger, rendant plus délicate la sélection. “Si on ne se décide pas très vite, le résultat va être des candidatures dissidentes à droite, de candidats déçus”, s’inquiète un militant local.

Deux catégories de candidats sont en lice: les “Parisiens”, ou parachutés, intéressés par une circonscription qu’ils considèrent facile; et les “locaux”, Français d’ici. “Mon sentiment, dit Thierry Mariani,  c’est qu’une candidature locale serait sans doute souhaitable, sauf si une personnalité d’envergure nationale émergeait tout à coup”.

Côté “parisiens”, la liste des noms évoqués est longue. Celui de Dominique de Villepin revient avec insistance mais l’ancien Premier Ministre aurait fait savoir à Nicolas Sarkozy qu’il n’était pas intéressé. Autre nom, celui de Charles Beigbeder (frère de l’écrivain Frédéric et chef d’entreprise), qui aurait le soutien de Jean-François Copé, le patron de l’UMP. Mais Beigbeder est un inconnu dans la communauté française d’Amérique et pas vraiment une “célébrité” au niveau national. Une députée de l’Essonne, Geneviève Colot est également sur les rangs, mais là aussi sans semble-t-il soulever l’enthousiasme parmi les dirigeants de l’UMP.

Un Balkany en lice

Côté “locaux”, la liste est encore plus longue, et s’est allongée ce vendredi avec l’annonce officielle d’un outsider, mais au nom de famille très connu dans la politique: Julien Balkany est le demi-frère -de 30 ans son cadet- de Patrick Balkany, député-maire de Levallois-Perret. Il a expliqué à French Morning se présenter “libre de tout engagement partisan” et “sans demander l’investiture UMP”. Mais sans la refuser non plus: “ma candidature s’inscrit évidemment dans la droite ligne de l’action de la majorité présidentielle et si l’UMP décide que je représente leurs idées, et qu’ils souhaitent me donner l’investiture, évidemment je serai ravi!”

Il ne néglige pas pour autant les instances parisiennes. Il a rencontré Thierry Mariani et informé l’Elysée de sa décision de se présenter. Mais c’est surtout sa réussite professionnelle qu’il entend mettre en avant. Une réussite qui, dit-il “n’aurait sans doute pas été possible en France, et avec laquelle les Français d’ici, peuvent s’identifier“. Imitant des investisseurs célèbres comme Carl Icahn, il a co-fondé un “fonds d’activisme actionnarial”, Nanes Balkany, spécialisé dans le secteur pétrolier, qui prend le contrôle “à la hussarde”, des sociétés jugées trop peu performantes, pour en changer les dirigeants et la stratégie. “Je veux faire de la politique de la même manière, dit-il, en partant à la conquête de cette nouvelle circonscription qui se prend et ne se donne pas; car il n’y a pas de sortant.” Il promet une campagne “à l’américaine”, qu’il financera entièrement de sa poche.

Parmi les locaux, le principal concurrent de Julien Balkany est Antoine Treuille. Lui aussi patron d’un fonds d’investissement, président de la French American Foundation depuis 2008, il est très implanté dans la communauté française de New York. S’il ne confirme pas officiellement sa candidature, il a fait part lui aussi de sa volonté de se présenter sans étiquette s’il n’obtenait pas l’investiture de l’UMP. Il bénéficierait du soutien, officieux, de Guy Wildenstein, délégué de l’UMP pour la Côte Est et ami de Nicolas Sarkozy. Malgré ses ennuis judiciaires, le marchand d’art est toujours reçu à l’Elysée et, dit un responsable parisien du parti présidentiel “s’il dit qu’il soutient tel ou tel candidat, son avis sera écouté”.

Les autres candidats en lice, tous officieux, sont élus à l’Assemblée des Français de l’étranger: François Lubrina, délégué de l’UMP au Québec, qui met en avant l’importance des Français du Canada dans le corps électoral (ils représentent 70 000 des 182 000 inscrits en Amérique du Nord); Damien Régnard, de la Nouvelle-Orléans; Jean-Claude Zambelli et Gérard Michon, tous les deux de Californie. Aucun d’entre eux ne figure pour l’heure dans le peloton de tête d’une course qui fera forcément beaucoup de déçus…