La bataille des députés de l’étranger

En 2012, les 1,2 millions de Français installés hors de France (et enregistrés dans les consulats) vont se rendre aux urnes pour élire les députés chargés de les représenter à l’Assemblée nationale.
Mais un peu plus de trois ans avant le scrutin, les tractations en vue de 2012 ont déjà commencé. Alain Marleix, le secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux Collectivités territoriales, est chargé du redécoupage électoral. L’homme, qui compte pourtant de nombreux amis parmi les socialistes, est soupçonné, de « tripatouillage »par certains d’entre eux. Derrière ces manœuvres politiques, la droite a « l’intention de rendre extrêmement difficile l’alternance », s’insurge le socialiste Pierre Moscovici. En cause, le projet du secrétaire d’Etat qui devait être remis à la fin du mois d’avril et qui semble plus difficile que prévu. «Armé de grands ciseaux», Marleix aurait favorisé les circonscriptions favorables à la droite.

«La loi fixe le nombre de députés au plafond prévu par la constitution, soit 577», explique le sénateur UMP Christian Cointat, représentant les Français de l’étranger. Si le nombre de parlementaires doit rester inchangé, cela implique la diminution du nombre actuel de députés dans l’hexagone. Le calcul est simple, explique le secrétaire d’Etat Marleix sur le portail Internet de Matignon. «La base est un député pour 115 000 habitants ». Avec quelque 1 268 000 ressortissants hors de France inscrits sur les listes électorales au 31 décembre 2006, ces derniers « gagneront 11 députés » en 2012. Au total cinq députés devraient représenter les citoyens de l’étranger en Europe, et six dans le reste du monde avec deux députés en Amérique du Nord et du Sud, deux députés en Afrique, un député pour la zone Afrique du Nord, Moyen-Orient et un dernier pour la zone Océanie.

«L’opposition s’indigne car elle est inquiète de perdre ses sièges en France et de ne pas les reconquérir à l’étranger», analyse une politique new yorkaise, qui préfère garder l’anonymat. «Pendant très longtemps les Français de l’étranger ont boycotté les urnes. Et il y a eu un sursaut après l’élection présidentielle de 2002 et l’arrivée de Le Pen au second tour. Les politiques savent désormais combien il est important de ne pas négliger ces voix qui peuvent faire balancer une élection ». En 2006, c’est grâce aux voix venues de l’étranger que Romano Prodi a été nommé à la tête du gouvernement italien.

Parachutage

Depuis 1982, douze sénateurs représentent les Français de l’étranger. Ils sont élus au suffrage universel indirect par le collège électoral de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE). Cette assemblée est également chargée de «donner au gouvernement des avis sur les questions et les projets intéressants les Français établis hors de France».
La perspective de députés de Français de l’étranger a visiblement créé un intérêt renouvelé pour l’AFE, dont les membres seront renouvelés le 7 juin en Amérique et en Afrique: pas moins de 6 listes se disputent les suffrages des Français de la circonscription de New York. Pour un certain nombre de ces candidats, les législatives de 2012 sont dans la ligne de mire.

Mais, la future bataille électorale pour représenter les Français des Etats-Unis pourrait bien se jouer à Paris, au siège des partis.
Les députés qui risquent de perdre leur circonscription, suite au redécoupage électoral, semblent avoir envisagé l’hypothèse de conquérir le cœur des Français de l’étranger. «Les membres de l’AFE pensent qu’ils ont du poids, mais les gros partis politiques ont déjà misé sur les meilleurs chevaux», poursuit l’experte politique installée à New York. «Il n’y a pas de condition de résidence pour un parlementaire, ce qui a permis à Jacques Chirac d’être à la fois maire de Paris et député de Corrèze », explique le sénateur socialiste Richard Yung, représentant des Français de l’étranger. Il explique qu’au Parti socialiste, «ce sont les adhérents de la circonscription qui voteront pour désigner leur candidat», ajoute le sénateur.

Scrutin uninominal

Un député devrait représenter les Français installés du Canada à New York, jusqu’à Miami et un autre pourrait représenter les Français de l’Alaska à l’Amérique du Sud en passant par le Texas. Le scrutin sera uninominal à deux tours. Les Français de l’étranger iront aux urnes, en même temps que les Français de l’hexagone. Le délai entre les deux tours sera d’une semaine. Face à l’étendue des territoires étrangers, plusieurs élus politiques réclament un délai de deux à trois semaines entre les deux tours. Rien n’est pour l’instant décidé, mais la campagne en vue des législatives de 2012 promet d’être musclée.