La France, entre barricades et satires.

Le correspondant du Washington Post, Edward Cody, revient sur les blocages des universités. Deux choses le frappent: la longévité du mouvement étudiant -“The strike went on. And on“- et la totale absence de revendications précises. A la base de cet engrenage universitaire, il reconnaît “la sclérose” du système, et l’injustice en faveur “des grandes écoles du gouvernement“. A la fin des deux pages de l’article, effectivement, personne -ni le journaliste, ni les lecteurs- n’a compris pourquoi les étudiants français font grève, et comme le résume si bien une étudiante américaine en échange: “It’s their country, it’s their culture“.

Michael Johnson, dans un éditorial pour le New York Times, se plonge au coeur même des racines du mal: Pourquoi, toujours, ce souffle de révolution prolétarienne en France? Un “conditionnement culturel“, qui remonte à 1789, répond-il. D’un point de vue américain, l’attitude des Français dans leur lieu de travail est surprenante. L’aptitude à cultiver une vie “à coté” est saluée, mais la contrepartie -paresse et esprit d’entreprise quasi-inexistant- est hautement moqué. L’éditorialiste assure qu’un Américain travaille en moyenne deux mois de plus par an qu’un Français. Dans le Washington Times du 11 mai, même énergie révolutionnaire: Michael Derbert décrit avec détail les manifestations du malaise social: “Les travailleurs français répondent à la crise économique mondiale à coup de grèves“.

Si les protestations sociales ne manquent pas, côté politique, ce ne sont pas les oppositions qui menacent le gouvernement. C’est en tout cas l’avis de Steven Erlanger dans le New York Times. Conséquence: le retour en grâce des humoristes politiques, à défaut des socialistes. Lorsque le Parlement manque à son rôle, les caricatures sont un contre-pouvoir populaire, surtout en France, explique le journaliste. A coups de citations, le grand gagnant de l’article est le cynique et implacable Stéphane Guillon, seul chroniqueur interviewé. Sarkozy est peut-être bien “le roi des Français“, et Stéphane Guillon, l’anti-bouffon: “Lorsqu’on commence à sympathiser avec les politiciens, on perd son indépendance“.

Quittons les studios radios de Paris, pour Béziers, ou Steven Castle, du New York Times également, vient s’enquérir du moral des vignerons français. Inutile de préciser qu’il n’est pas au beau fixe. “Is France loosing the war of Rosés?”, ou quand la guerre des vins rejoint la guerre des mondes. Car derrière la controverse sur l’appellation du vin rosé, c’est la France des traditions familiales versus le Nouveau Monde des vignobles industriels. La situation n’est pourtant ni toute blanche ni toute noire: c’est grâce aux vins californiens et australiens que boire du rosé est devenu “à la mode“, remarque le journaliste.

La vieille France face au changement, épisode II, dans le TIME et un article sur les relations “Francafrique”. La fin des liens incestueux entre la France et ses ex-colonies? C’était une des promesses de campagne du candidat Sarkozy, mais c’est “plus facile à dire qu’à faire” déclare Bruce Crumley, le correspondant du magazine. Là ou la diplomatie a echoué, c’est désormais le judiciaire qui prend le relais avec le début d’une instruction pour corruption contre trois chefs d’Etat africains, menée par la juge Françoise Desset. Peut-être le début d’une nouvelle ère, même si le journaliste reste sceptique.

Un point commun, insoupconné, entre la France et les Etats-Unis? Des lois sur l’immigration qui vont à l’encontre de l’avis de Bonnie Erbe, qui signe un éditorial conservateur dans le Times Herald, quotidien local en Pennsylvanie.Elle se dresse contre la possible impunité qui serait accordée à ceux qui aident les clandestins. En France, elle dénonce la glorification du secours au sans-papiers, aussi bien chez socialistes que dans le dernier film de Phillippe Loiret, avec Vincent Lindon. “Mass illegal immigration is bad“, mais attention, qu’on ne se méprenne pas de ses sentiments à l’égard des clandestins: “most of them are good“. Toujours est-il qu’elle conseille à la France “de ne pas écouter les socialistes“.