La France -mal- masquée en Côte d’Ivoire

La diplomatie française, Alain Juppé en tête, a beau multiplier les efforts pour assurer que ce n’est pas la France qui a arrêté Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, le message est quelque peu brouillé pour la presse américaine. Quelques instants après l’arrestation de l’ex président le Wall Street Journal cite le porte-parole de l’armée rebelle, qui souligne de lui-même l’aide de la France qui a permis d’affaiblir les troupes gbagbistes «Il y a eu d’importants combats impliquant les troupes françaises, l’ONU et nos forces armées contre celles de Gbagbo. Une fois que toutes les armes lourdes ont été détruites, Gbagbo était la et nous l’avons arrêté.»

«L’homme fort de la Cote d’Ivoire arrêté après l’intervention des troupes françaises» titre lui le Washington Post. Le quotidien pointe donc le débat entamé pour savoir qui des forces d’Alassane Ouattara ou de l’armée française a porté le coup décisif. Le représentant des forces rebelles à l’ONU, Youssoufou Bamba annonce clairement : «ce sont les forces républicaines ivoiriennes qui ont conduit les opérations». Un débat d’autant plus virulent dans un contexte de légitime ressentiment post colonialiste, un argument que les fidèles de Gbagbo n’hésitent pas à avancer : «cette opération, l’assaut final, a été lancée par les troupes françaises. La manière dont Gbagbo a été déposé laissera un profond sentiment de ressentiment parmi ses supporters qui percevront ces évènements comme un nouvel exemple de l’utilisation d’une armée supérieure par un ancien pays colonisateur pour décider qui dirigera un pays».

Le New York Times s’amuse lui de l’embarras du conseiller de Nicolas Sarkozy, Franck Louvrier, refusant de répondre si l’assaut fut oui ou non l’objet d’une coordination franco-ivoirienne ou si l’armée française était au fait des opérations. Toutefois Mr. Louvrier admet que Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara furent régulièrement en contact ces derniers jours.

La loi interdisant le port du niqab et l’arrestation de deux femmes lors d’une manifestation non autorisée passionnent le  New York Times. Alors que les journaux rappellent que la raison officielle de l’arrestation des deux femmes demeure indéfinie – est-ce le port du niqab qui est en cause ou la participation à une manifestation non autorisée ? – tous regardent avec étonnement «le premier pays au monde a bannir le port du voile intégral en public».

Le Washington Post insiste sur les contradictions françaises: entre culture de la laïcité –dans un pays qui interdit le port de signes religieux ostentatoires dans les écoles publiques– et risques des dérives islamophobes, à l’heure où l’argument de la laïcité est utilisé à des fins pour le moins douteuses. The Huffington Post en profite pour publier un panorama des différentes législations européennes, rappelant entre autres l’interdiction du port du voile par les fonctionnaires et dans les universités en Turquie.

Enfin, espionnage, ministres, gros sous et revanche : l’affaire Carlos Ghosn ou l’espionnage qui n’en était pas a tout pour séduire les Américains. Bloomberg évoque les pressions de l’état français sur la direction pour faire en sorte que les responsables ne soient pas laissés impunis. Tandis que le New York Times commente de son côté le dénouement d’une tortueuse épopée : Carlos Ghosn reste à son poste.