La guerre en Yougoslavie vue de France et d’Amérique

Monter une pièce contemporaine française aux Etats-Unis est osé, traduire une œuvre qui traite d’une guerre peu connue du public américain l’est encore plus. Qu’importe, le metteur en scène Ben Yalom a décidé de relever ce défi avec Foolsfury, la compagnie qu’il a fondée il y a une dizaine d’années. Après avoir présenté “The Devil on All Sides” (« Le Diable en partage ») de Francis Melquiot à San Francisco il monte la pièce à New York durant trois semaines.


Fils d’un professeur de français, Ben Yalom a étudié le théâtre à Paris pendant un an. De retour en France en 2004, il entend parler à plusieurs reprises de Fabrice Melquiot. A 32 ans à peine, ce Français avait écrit presque autant de pièces qu’il avait d’années et reçu le prix Jean-Jacques Gauthier du Figaro. Ben Yalom lit plusieurs de ses œuvres mais c’est « Le Diable en partage » qui le fascine le plus. Fabrice Melquiot y raconte l’histoire d’amour tragique de Lorko et Elma, un chrétien et une musulmane, sur fond de guerre en ex-Yougoslavie. « A chaque fois je retournais toujours à cette pièce là », raconte le metteur en scène. D’après lui, Fabrice Melquiot fait pleinement ressentir l’aburdité de la vie quotidienne en guerre. Et ce, sans parti pris parce que “tous les côtés ont fait des choses horribles” -d’où la traduction “The Devil on all Sides”. La pièce, qui fût élue « Meilleure pièce de l’année » et « Meilleure découverte théâtrale » en 2003 par le Syndicat National des critiques n’avait jamais été traduite en anglais.

Alors que Ben Yalom n’avait pas pensé traduire lui-même des pièces pour sa compagnie, il décide de se mettre au travail. La tâche n’est pas facile. Le metteur en scène commence par traduire la pièce de façon plutôt littérale et la fait réciter par quelques acteurs. Bientôt pourtant, il réalise que « quand on fait une traduction d’un texte comme cela, c’est toujours aussi une interprétation ». Les jeux de mots et sous-entendus disparaissent avec une traduction verbatim, il faut paradoxalement s’écarter un peu du texte original pour s’en rapprocher. Fabrice Melquiot donne toute liberté à Ben Yalom qui, fort de son expérience d’auteur, dit avoir pris beaucoup de plaisir à puiser à sa guise dans le vocabulaire anglais. Au final, « je crois que c’est assez fidèle au texte français » affirme-t-il. Aux yeux de la fondation de soutien aux collaborations artistiques : Creative work Fund, c’est en tout cas un succès. Elle attribue en 2005 une bourse à Ben Yaloum pour saluer son travail.

Le défi de la traduction est franchi en trois mois, reste à mettre en scène le texte qui réserve quelques surprises. D’après le texte orignal par exemple, une meute de chiens est sensée traverser silencieusement la scène sans que l’héroïne ne s’en aperçoive. Comment traduire ce genre d’image sur les planches? C’est cette question qui intéresse Ben Yalom.

Malgré quelques passages très délicats à mettre en scène Ben Yalom est sûr que le texte convient parfaitement au style avant-gardiste de sa compagnie. Basée depuis 2004 à San Francisco, Foolsfury se veut repousser les limites du théâtre classique en incluant dans les représentations des épisodes de danse, de chansons et d’interaction avec le public. Chaque pièce est ainsi une expérience unique qui ne peux pas être reproduite en film ou à la télévision.

« Ce qui m’intéressait beaucoup dans le style du texte, c’est qu’il y avait un côté réaliste, sérieux mais aussi surréaliste » explique Ben Yalom. D’après lui, c’est ce côté « surréaliste » et « expressionniste » qui correspond si bien au théâtre de Fooslfury. « La pression des émotions monte à un point si haut que cela doit être exprimé dans un style poétique » dit-il.

La compagnie dit s’être appliquée à apporter « crainte », « excitation » et outrage au cours de ses sept saisons mais Ben Yalom se refuse à dire qu’il souhaite choquer. « L’histoire même de la pièce et de ce que nous faisons dans le monde sont choquants . Nous ne faisons que montrer cela mais dans un style qui le montre à haute voix ».

« Le Diable en partage » n’est pas la seule pièce à avoir retenu l’attention de Ben Yalom. Le théâtre contemporain français est d’après lui « plutôt dynamique » avec des auteurs tels que Laurent Gaudé ou Olivier Py, mais il reste très mal connu aux Etats-Unis. Le metteur en scène n’écarte pas l’idée d’une nouvelle traduction pour combler un peu cette lacune.

The Devil on All Sides

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