La location à court terme interdite à New York

Arrivée de Bretagne à New York en 1987, Marie-Reine Jézéquel est une des pionnières de la location de meublés à court terme. Son agence, New York Habitat, loue désormais des milliers d’appartements à New York, Paris, Londres ou dans le sud de la France. Une success-story désormais menacée par une loi de l’Etat de New York qui interdit purement et simplement la location d’appartements pour moins de 30 jours. “Je suis sous le choc, dit-elle. Cette loi a été a adoptée très vite et d’un coup c’est tout une industrie qu’on a mis vingt ans à construire qui est menacée”.

La loi a déjà été adoptée par le sénat et l’assemblée législative de l’Etat de New York. Il ne manque plus que la signature du gouverneur, David Paterson pour qu’elle entre en vigueur. Selon ses promoteurs, la mesure vise les propriétaires qui, rachetant parfois des immeubles entiers, convertissent des appartements en hôtels sans les permis nécessaires. La sénatrice Liz Krueger, un des auteurs de la loi, assure que les particuliers “n’ont rien à craindre: ce sont les propriétaires qui contournent la réglementation hôtellière qui sont visés”. Des propos qui ne rassurent pas les professionnels de ce qu’on appelle désormais la “para-hôtellerie”: “ce que dit la sénatrice n’est pas important. Ce qui compte c’est ce qui est dans le texte de la loi. Or ce texte est très général. Il s’appliquera aussi aux particuliers qui louent leurs appartements de temps en temps” assure Olympe Hispard, l’avocate de New York Habitat.

Les Bed & Breakfasts, enregistrés comme tels, échappent à l’interdiction, tout comme les “brownstones” et autres “townhouses”, puisque la loi vise explicitement “les appartements situés dans des immeubles de plus de 3 unités”. Le texte prévoit aussi une exemption qui autorise à accueillir chez soi des visiteurs “pour prendre soin d’un animal domestique ou de plantes”, pendant l’absence du propriétaire…

Les professionnels de la location à court terme, agences mais aussi sites internet mettant en relation propriétaires et visiteurs, tentent de s’organiser. Co-fondateur de Airbnb.com, un site spécialisé, basé à San Francisco, Brian Chesk, a demandé à ses membres de lui envoyer leurs témoignages: “ce sont des centaines de familles qui vont être affectées, pour lesquelles la sous-location temporaire représente un complément de revenus”. Les professionnels craignent surtout de voir la location devenir “souterraine” et donc rendre les touristes plus vulnérables face à des loueurs indélicats. Airbnb.com, comme d’autres sites, se présente au contraire comme une garantie: l’argent n’est remis au propriétaire qu’une fois le locataire entré dans les lieux, une manière de se prémunir contre les arnaques. “Craigslist ne va disparaître, les sous-locations non plus. Le seul effet de cette loi ce sera d’éliminer les professionnels qui aujourd’hui protègent propriétaires et touristes”, s’insurge Marie-Reine Jézéquel.

Le site Airbnb.com a lancé une campagne auprès de ses membres pour les encourager à téléphoner au gouverneur afin de le convaincre d’opposer son veto à la loi. Mais ils ont peu de chance d’être entendus, car la loi n’est pas seulement soutenue par le lobby des hôtelliers. Elle a aussi le soutien de toutes les associations de défenses des locataires, qui accusent les propriétaires de vouloir transformer des immeubles à loyers modérés (“rent stabilized”) en meublés à court terme, excluant ainsi de la ville les locataires les plus modestes. Au nom de ce noble objectif, Albany (la capitale de l’Etat de New York) semble prêt à sacrifier les touristes et visiteurs les moins aisés. En juin le prix moyen de la nuit d’hôtel à Manhattan s’établissait à 232 dollars…