La pêche aux voix prend le large

Jamais les « expats » n’avaient autant intéressé les candidats à une élection présidentielle française. La semaine dernière, des centaines de milliers de Français de l’étranger ont reçu, par email, une « Lettre à mes compatriotes expatriés », signée François Bayrou. Le lendemain, prouvant la rapidité de réaction des ses équipes de campagne, Nicolas Sarkozy débarquait dans les boîtes d’emails de ses « chers compatriotes établis hors de France » . Ségolène Royal suivra très bientôt.

Si les électeurs français de l’étranger sont subitement devenus un enjeu, c’est qu’ils sont plus nombreux que jamais. Plus de 830 000 sont inscrits sur les listes consulaires cette année, une augmentation considérable : ils étaient moins de la moitié en 2002. « L’équivalent du 8ème département français » souligne Guy Wildenstein, le représentant de l’UMP à New York, qui explique cette croissance en partie par « l’effet 2002, où beaucoup de Français de l’étranger ont été traumatisés par l’image projetée par le passage de Le Pen au second tour ».

A New York, le nombre d’inscrits sur la liste électorale du consulat est passé de 15 000 à 19 000 en cinq ans. Dans l’ensemble des Etats-Unis, 75 000 Français sont inscrits pour
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Nombre d’inscrits sur les listes aux US

|Circonscription consulaire|nombre d’inscrits|
|New York|18 429|
|San Francisco|12 224|
|Los Angeles|12 667|
|Washington|8 422|
|Miami| 6 886|
|Chicago|4386|
|Houston|3934|
|Boston| 3190|
|Atlanta|3 214|
|La Nouvelle Orléans|561|
|TOTAL|74663|
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voter à la présidentielle. Les « expats » sont désormais une force qu’aucun candidat ne peut se permettre de négliger, d’autant plus que tous se souviennent qu’en 2002, il n’a manqué qu’à peine 200 000 voix à Lionel Jospin pour passer au 2ème tour, ou encore qu’en Italie l’an dernier, Silvio Berlusconi a dû sa défaite aux voix venues de l’étranger.

Dans cette course, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy disposent notamment de troupes militantes qui manquent cruellement au candidat de l’UDF. L’UMP compte 60 sections et 4600 adhérents à l’étranger. La fédération des Français de l’étranger du PS affiche elle 2200 membres.
Nicolas Sarkozy est sans doute le candidat qui mise le plus sur ces voix, et pour cause : les Français de l’étranger votent traditionnellement nettement plus à droite que la moyenne des Français, même si la différence semble s’estomper élection après élection. Le candidat de l’UMP a donc déployé des moyens et des efforts à la hauteur de ses espoirs. Les « Français expatriés » ont droit à leur propre page sur Sarkozy.fr et même à leur propre programme sur NS TV, la « chaîne » de télévision du candidat, sur le même site.

Expatriés-symboles

Au moins autant que sur leurs voix, Nicolas Sarkozy compte aussi sur les Français de l’étranger comme symboles du message qu’il entend faire passer sur la France. « Voyant la France de dehors, vous voyez mieux encore ses défaillances et ses faiblesses et elles vous sont encore plus insupportables » a-t-il dit aux Français de Londres en janvier, ironisant, sous les applaudissements, sur la semaine de 35 heures. : « On a besoin de votre travail, de votre intelligence, de votre imagination et de votre enthousiasme ». Et leur a lancé un appel au retour : « Revenez parce qu’ensemble nous ferons de la France une grande nation où tout sera possible, où les pères n’auront plus peur pour l’avenir de leurs enfants, où chacun pourra réaliser ses projets, devenir responsable de son propre destin. »

Ségolène Royal a, elle, pris un peu de retard au démarrage, retard qu’elle tente de rattraper depuis. Elle a choisi Berlin, le 6 mars dernier, pour son grand discours aux Français de l’étranger, mais a surtout consacré beaucoup d’énergie a rattraper une “gaffe” de Dominique Strauss-Khan. Celui-ci a proposé une “taxe Johnny Halliday”, visant à lutter contre les expatriations à but d’évasion fiscale. L’ancien candidat à la primaire socialiste proposait l’établissement de l’imposition du revenu mondial de tout citoyen français, qu’il réside ou non sur le territoire national. Le système s’inspire en réalité du régime américain, “mais il a été mal compris dès le début, nous avons donc décidé de le retirer tout de suite”, explique Richard Young, sénateur PS des Français de l’étranger

A SUIVRE: la semaine prochaine dans French Morning les propositions des candidats pour les Français de l’étranger

ATTENTION: aux Etats-Unis, on vote le samedi, soit les 21 avril et 5 mai, de 8 h à 20h.