“La reprise tarde un peu!”

Edouard Thoumyre a créé Accur, une agence de recrutement, il y a moins de trois ans. Très vite, il est devenu spécialiste du secteur du luxe. “Un peu par hasard, dit-il. Au départ je voulais me concentrer sur l’intérim sans spécialité particulière. Je faisais du porte à porte pour placer des manutentionnaires ou des secrétaires et je me suis vite rendu compte que je n’étais pas dans le coup! Je me retrouvais dans un environnement hispanique où je n’avais pas ma place”.

Puis, de rencontres en rencontres, le luxe s’impose, grâce, dit-il, à son profil qui séduit les entreprises française:  “Français, ayant fait de bonnes études à la française, je connaissais bien ces marques de luxe, j’étais donc en mesure immédiatement de comprendre leurs besoins en recrutement”. Depuis, Edouard Thoumyre s’est imposé comme le recruteur numéro un du luxe à Miami. Et New York est pour bientôt: il compte y ouvrir un bureau courant 2010.

FM : Est-ce que c’est difficile de trouver des gens qualifiés à Miami?

Édouard Thoumyre : Oui c’est très difficile. Les entreprises du Luxe recherchent des profils très corporate qui sont en ultra-minorité ici. Les profils universitaires sont moins pointus ici que dans d’autres villes comme New York ou Paris. Surtout, Miami n’attire pas les gens pour des projets de carrière mais plutôt pour la qualité de vie et ce n’est forcément pas l’argument que veulent entendre les groupe du Luxe!

Les sociétés du Luxe recherchent des gens très carriéristes mais nous sommes dans un endroit où il est difficile de faire une très belle carrière et les bons profils le savent. Je viens récemment de reprendre la responsabilité du réseau des anciens élèves d’HEC pour le Sud Est des Etats-Unis et je me suis rendu compte que nous ne sommes que 25 ! Pour les autres Grandes Ecoles comme Centrale dont je suis également issu, nous sommes encore moins nombreux, les « X » il y en 3, les Mines et Ponts et Chaussées, peut-être 2!

Du coup, pour les entrepreneurs c’est un endroit intéressant: le niveau moyen de professionnalisme étant assez faible, il est plus facile de s’imposer!

Les sociétés françaises du luxe sont elles plus exigeantes que les autres?

Elles sont surtout différentes dans leur façon de travailler. Il y a beaucoup de Français qui y travaillent alors que dans des sociétés françaises de l’industrie lourde comme par exemple EADS ou ALSTOM il n’y a presque pas de français dans les effectifs. La culture du luxe est vraiment française et cela se ressent au niveau du management et des équipes. Lorsque je recrute pour les sociétés du Luxe, je suis très attentif à l’aspect culturel.

Le recrutement est un bon indicateur, comment se porte l’économie ?

Pas facile de répondre à cette question! J’hésite encore à dire si 2010 sera une bonne année… De nombreuses sociétés françaises font des budgets 2010 en se basant sur l’année 2007, c’est très pessimiste! Le recrutement est un indicateur « à rebours » : les sociétés qui ont licencié pendant la crise vont essayer de garder des coûts réduits et donc une masse salariale faible pour récupérer des profits qu’ils ne vont pas gagner en ventes.

Le secteur du luxe à Miami a été beaucoup moins touché qu’à New York, où l’on a vu des grandes vagues de licenciements. Miami est principalement tournée vers l’Amérique du Sud qui a moins subi la crise.

Il faut également dissocier les niveaux de luxe, le luxe très haut de gamme et très cher a moins été touché que du luxe grand public qui a été beaucoup plus affecté. Depuis quelques jours, je vois apparaître de belles offres de poste alors que normalement Décembre, Janvier et Février sont des mois creux, ce qui me fait dire que l‘économie devrait reprendre…