La vraie fausse campagne de Frédéric Lefebvre

Réunions de supporters, visites chez des commerçants, tête-à-tête avec des notables… Cela ressemble beaucoup à une campagne mais, promis juré, cela n’en est pas une. Officiellement, le secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME, du Tourisme, des Services, des Professions libérales et de la Consommation est en déplacement ministériel. A Miami les jeudi 9 et vendredi 10, il assistait au premier symposium mondial des Conseillers du commerce extérieur de la France (CCEF), le plus grand rassemblement de chefs d’entreprises français jamais organisé à l’étranger. Puis, à New York samedi et dimanche, il a vendu sa marque de promotion du “patrimoine vivant” de la France à l’international «Rendez-vous en France», avant d’aller rencontrer des commerçant français à Carroll Gardens et Cobble Hill.

Aux Etats-Unis pourtant, il n’est pas un secrétaire d’Etat comme les autres. Depuis que l’UMP en a fait son candidat à l’élection législative pour la première circonscription des Français établis hors de France, ses déplacements dans ce territoire, qui comprend les Etats-Unis et le Canada, sont ponctués de réunions avec des militants et sympathisants de la majorité. A Montréal en janvier, il participait à une rencontre privée organisée par Jeanine de Feydeay, conseillère UMP à l’AFE (Assemblée des Français de l’étranger). A Miami, vendredi soir, une autre «soirée privée» était organisée au restaurant franco-italien La Piagga par la conseillère AFE Nicole Hirsh. L’e-mail d’invitation, que French Morning s’est procuré, présentait Frédéric Lefebvre comme “candidat législatives juin 2012 Amérique du Nord“, et non comme secrétaire d’Etat. Et samedi soir à New York, l’UMP locale organisait une réception au Novotel de Times Square en présence du secrétaire d’Etat, mais elle aussi annonçant la présence du “candidat UMP pour la 1ère circonscription“.

Pratique-t-il le mélange des genres ? Ces adversaires l’affirment. Mais Frédéric Lefebvre balaie les critiques d’un revers de main : « Dans mes réunions, je ne parle jamais des élections », assure-t-il. En revanche, il parle, avec constance, de son attachement aux Etats-Unis, ses “quelques années” passées à New York, enfant, lorsque son père y était médecin; il cite également sa meilleure amie, New Yorkaise, son frère qui habite en Californie depuis 30 ans… Bref, le secrétaire d’Etat pense visiblement que le -futur- candidat a tout ce qu’il faut pour être élu député ici.

Pourquoi alors ne pas se lancer officiellement, comme d’ailleurs bon nombre de militants locaux de l’UMP le souhaitent? “Question de stratégie” répond l’entourage du secrétaire d’Etat, “il y a un temps pour tout et celui de la législative n’a pas encore commencé”.

Interviewé par French Morning, Frédéric Lefebvre a donc refusé d’évoquer sa campagne. Il ne dit même pas quand elle commencera, mais prévient que la donne va changer très bientôt. “La semaine qui vient va être décisive” dit-il, allusion à l’annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy, attendue d’un jour à l’autre.L’élection présidentielle est ce qui préoccupe les Français pour le moment, c’est cette élection qu’ils attendent avec impatience, assure-t-il. La législative est encore loin et les Français comprennent très bien que lorsqu’on est au gouvernement, on prend des décisions. Il ne faut pas mélanger les genres”.

Alexis Buisson et Emmanuel Saint-Martin