L’absinthe, nouvel elixir new yorkais

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Caché à l’arrière d’un boui-boui de hot-dogs de l’East Village, se trouve PDT (pour Please Don’t Tell), un bar ultra select, tendance speakeasy, en référence à ces endroits clos où l’on buvait illégalement pendant la Prohibition. Après avoir trouvé l’entrée secrète d’une cabine téléphonique vintage et donné un mot de passe (Eat me), les happy few peuvent déguster un “Sazernac” ($12), un cocktail à base d’absinthe, de cognac et d’herbes. “C’est le plus vieux cocktail américain,” explique le bartender de PDT, David Slate. “Il a été inventé par un apothicaire de la Nouvelle-Orléans dans les années 1830.

L’absinthe que David verse pour mixer son précieux nectar est celle de la marque Lucid ($67.99), 62 % d’alcool, avec des yeux verts de monstres sur la bouteille. Fabriquée dans une distillerie française, elle est conçue pour être une réplique exacte des absinthes de l’époque : une bonne dose d’anis frais et d’amertume…

Lucid est l’une des marques autorisées par le Bureau américain du commerce et des taxes sur le tabac et l’alcool. Parmi les autres absinthes sur le marché : la St. George Absinthe Verte (environ $75), la première absinthe fabriquée aux Etats-Unis depuis l’interdiction en 1912. Lance Winters a passé onze ans à la peaufiner dans la distillerie de St. George Spirits à Alameda en Californie. Enfin l’Absinthe Supérieure Kübler ($56.99), une absinthe suisse à 53% d’alcool, est la plus proche du Pernod. Mais tandis que le Pernod est à l’anis, la Kübler est à la réglisse.
Interdite pour des raisons de santé invoquées par le mouvement anti-alcool qui aboutira ensuite à la Prohibition qui a duré de 1920 à 1933 aux Etats-Unis, l’interdiction a été levée après la seconde guerre mondiale, du fait de la réorganisation du Département de santé, sans que personne ne le sache. En France, elle fut interdite en 1915 et a été autorisée en 1988.

Beaucoup s’accordent à dire que le goût de l’absinthe n’est pas bon. L’un des ingrédients de la composition est la plante d’absinthe, accusée de contenir de la thuyone, la fameuse substance toxique qui a entraîné son interdiction. Elle est extrêmement amère. L’étymologie d’ « absinthe » en dit long : le mot grec « apsinthion » signifie “imbuvable”… Le succès de l’absinthe tient davantage à sa légende et ses propriétés supposées hallucinogènes. C’est cette réputation qui a incité des générations d’étudiants, poètes dans l’âme en mal d’inspiration, à vouloir essayer l’absinthe. “Récemment, un étudiant a commandé de l’absinthe et voulait tout le rituel (verser l’absinthe sur un morceau de sucre avec une cuillère spéciale et diluer le morceau dans 4 ou 5 mesures d’eau glacée). C’était juste pour impressionner ses amis.” raconte le barman de Saurin Parke, un bar bon enfant près du campus de l’université de Columbia.

Une nouvelle absinthe qui devrait arriver sur le marché américain l’année prochaine est un spiritueux distillé par Markus Lion à l’effigie du rockeur Marilyn Manson, baptisé du doux nom de “Mansinthe”. “Les artistes tells que Charles Baudelaire, Paul Gauguin, Henri de Toulouse-Lautrec et Vincent Van Gogh considéraient la « fée verte » comme une source d’inspiration. Il en est de même pour Marilyn Manson, qui est un fou d’absinthe depuis des années“, peut-on lire sur le site Mansinthe.com. Les banquiers n’ont donc pas le monopole de l’absinthe. Marilyn Manson est là pour faire revivre la tradition de la Bohème, version XXIe siècle…

[#liste_absinthe<-]Ou boire de l’absinthe à New York?

Si l’alcool n’est plus interdit dans l’Etat de New York, les speakeasies ont bel et bien refait surface à New York. C’est principalement dans ce type de bars que l’on peut trouver des cocktails avec de l’absinthe. «L’absinthe apporte l’oubli, mais se fait payer en migraine», aurait dit Oscar Wilde. A consommer avec très grande modération donc…

PDT
Tous les attributs du speakeasy sont présents jusqu’à la tête de cerf empaillée. Seule concession au XXIe siècle, Air en musique de fond. Si l’absinthe vous effraie, le cocktail “dessert rose”, au gin Plymouth, à la rose et à la poire est une option plus « girly ». Attention, les gardiens du temple font entrer au compte-goutte : personne n’est debout donc vous ne pouvez rentrer que lorsqu’une place se libère. Pour se consoler en patientant : il y a toujours les hot-dogs.
113 St. Marks Place, près de la 1e Avenue. 212-614-0386

Death Co
A deux pas de PDT, ce speakeasy est la solution si vous n’avez pas envie d’un hot-dog en attendant. Ils servent également de l’absinthe. Seule bémol : l’entrée est tellement bien cachée que nous ne l’avons pas trouvée. Tentez votre chance… ou rabattez vous sur les hot-dogs.
433 E. 6th Street, 212-388-0882

The Dove Parlor
Grande cheminée, canapés profonds, chandeliers, un autre speakeasy qui sert de l’absinthe, dans un décor à date.
228 Thompson Street, 212-254-1435

Employees Only
Le gang des propriétaires d’Employees Only, un speakeasy lové dans le West Village, ont capturé l’esprit des années 1920. Au menu : le « Billionaire Cocktail », à base de Bourbon, d’absinthe, jus de citron frais et grenadine faite maison, ou encore la « Mint Muse » à l’absinthe, jus d’ananas, feuilles de menthes hachées, citron vert et 7-Up.
510 Hudson Street, 212-242-3021