“L’âge Dior” de Patrick Demarchelier

Patrick Demarchelier entre dans son studio de Chelsea. Il est pressé et prévient qu’il a peu de temps. Il retrouve la bonne humeur quand il s’installe au fond d’un fauteuil pour raconter un bout de son histoire. La voix de Lady Gaga s’échappe du poste derrière lui. Non loin de là, un jeune photographe shoote un mannequin en lui demandant d’adoucir l’expression de son visage. C’est son fils, Victor Demarchelier, 27 ans et « du talent » selon le père. « Il voulait devenir architecte mais la photo l’a rattrapé », explique-t-il en souriant.

Demarchelier père avance serein dans un monde, celui de la photographie de mode, qu’il connaît par coeur. A 68 ans, il prend le temps de se dédier à des projets plus personnels, comme son dernier ouvrage de photos, Dior Couture (Ed. Rizzoli), sorti le 1er décembre. En plein shooting pour la marque Dior en 2008, Demarchelier imagine un livre qui retracerait l’histoire de la maison de haute couture depuis sa création en 1947. Plus de 100 tenues ont été sélectionnées, essentiellement des robes, et mises en scène afin de rendre hommage aux créateurs -Christian Dior, Yves Saint-Laurent ou encore John Galliano-, mais aussi aux couturiers et couturières des ateliers de l’avenue Montaigne. Les clichés ont été pris à travers le monde, sur Broadway, au musée Rodin à Paris, à Shanghai… « Certaines tenues datant des années 50 étaient si petites qu’on a mis un temps fou à trouver des mannequins pour les porter », raconte le photographe.

Photographe de Lady Diana

L’ouvrage est un hommage au style Dior mais aussi au talent de M. Demarchelier : savoir photographier les femmes, cerner le mouvement du corps et du vêtement et trouver la lumière parfaite, comme ses maîtres, ceux qu’il admire par-dessus tout, Jacques-Henri Lartigue et Richard Avedon.

Des qualités que l’on retrouve dans ses clichés célèbres, que l’on connait sans le savoir : la publicité pour les parfums Opium ou J’adore, pour la lingerie Calvin Klein, les calendriers Pirelli de 2005 et 2008… Et les clichés de la princesse Diana, dont il a été le photographe officiel de 1989 jusqu’à sa mort. « Elle avait découvert mes photos dans le Vogue anglais, elle m’a donc approché et c’est le genre de demande qu’on ne refuse pas bien sûr », raconte-t-il.

Son secret ? « J’aime passer un bon moment et mettre les gens à l’aise lorsque je prends une photo. Une photo réussie, c’est un accident, c’est un moment où la personne va se laisser aller. Les gens sont beaux quand ils ne sont pas stressés. » Alors Patrick Demarchelier cultive le « no stress » entre New York qu’il n’a pas quitté depuis près de quarante ans et son bateau, dans les Hamptons. « Je suis arrivé sur un coup de tête, j’avais cette fantaisie de New York en tête. C’était dur au début, je ne parlais pas un mot d’anglais, il a fallu être patient. Mais il était hors de question de repartir et de s’avouer vaincu. Je suis resté. » Pour le meilleur.

Le site du photographe, www.demarchelier.net

Crédit: Patrick Demarchelier par son fils Victor